Mamadou Faye est un écrivain qui a produit deux livres, en l’occurrence «Le pays Sérère au clair de Lune» et «Les Chants des oiseaux». Originaire de Palmarin Ngalou, l’enseignant a été volontaire de l’éducation dès 1995. Censeur du lycée de Boyard Ndiodiome (Ief Diofior) dans la région de Fatick, Mamadou Faye se bat aujourd’hui pour inciter les jeunes à s’approprier leur culture.
Par Amadou MBODJI – Constatant que la majorité des jeunes d’aujourd’hui «sont déracinés» et ne connaissent quasiment rien de leur culture, Mamadou Faye en a fait son cheval de bataille. Formé à la Faculté des sciences de l’éducation (Fastef) de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mamadou Faye s’est lancé dans l’écrire de deux ouvrages. L’objectif étant pour lui, d’inciter à connaître leurs propres cultures. C’est ainsi qu’il a publié en 2010, Le pays Sérère au clair de Lune suivi en 2022 par Les Chants des oiseaux. «Je suis un conteur traditionnel dont le dessein est de distraire et d’instruire en nous inspirant des traditions pour lutter contre l’oubli et freiner le déracinement des jeunes générations», déclare Mamadou Faye. Né à Palmarin Ngalou, l’écrivain indique que son premier ouvrage, Le pays Sérère au clair de Lune, est un recueil de contes. Il s’agit d’un manuscrit de 8 contes dont les 4 sont édités et font l’objet du recueil de contes dans le pays sérère au clair de lune édité par les éditions Impulse. «Pour le second livre, l’objectif est toujours de revaloriser la culture à travers le patrimoine immatériel sérère et du coup les valeurs sénégalaises de l’Afrique et du monde noir», fait savoir l’enseignant-écrivain, actuellement censeur du lycée de Boyard Ndiodiome (Ief Diofior) à Fatick. Dans Le pays Sérère au clair de lune, l’auteur de souligner en parlant du contenu, que le premier conte met en scène l’hyène, le chien et la chèvre qui vivaient dans une même concession. Le second parle des animaux qui sont partis à la corvée au champ du Maad (roi), le troisième relate le petit enfant qui a grandi dans la forêt avec les animaux sauvages et qui va réussir à les dominer et le quatrième met en scène un vieillard, un vieux coq, un vieux chat, un vieux chien et un vieux canard à la recherche d’une bague magique volée par un voyageur.
Le conte, un outil didactique
Dans Les Chants des oiseaux, Mamadou Faye braque les projecteurs sur un «patriarche qui cherche à initier son petit-fils aux valeurs fécondantes de la société». Sur son choix porté sur le conte pour véhiculer son message, M. Faye l’explique en évoquant sa connexion avec l’enseignement. «Pour le premier livre, c’est mon métier d’enseignant qui m’a poussé à écrire les contes. En effet, j’ai remarqué dans mes séances de lecture que les élèves s’intéressaient plus aux textes de conte. J’ai compris que le conte peut être un important outil didactique», souligne-t-il. «Le conte jouait un rôle important, c’est le conte qui véhiculait les valeurs sociales, le courage, la solidarité, l’entraide. Il aidait les jeunes à respecter les anciens. La relégation au second plan du conte fait que les jeunes se détournent des valeurs. Alors que c’est autour du conte que se situe le lien entre la jeune génération et les anciens. Le lien est rompu et l’occasion de transmettre les valeurs se retrouvent gâchée», diagnostique-t-il. «Le conte n’a pas disparu, mais c’est le moment consacré au conte qui n’existe plus», reprécise-t-il. «Les conteurs essaient de s’adapter. Et si le conte profite des nouvelles technologies de l’information, il pourrait se relancer, mais non sans limite du fait que le conte devient par la même occasion virtuel, ce qui est contraire au contexte réel où le conte nous met en contact avec le conteur. L’enfant est isolé dans un espace de rêve. Quand l’enfant écoute ou regarde le conte, il aura du mal à tirer les leçons de morale qui en découlent. Alors qu’en restant en contact avec le conteur, celui-ci l’aide à s’approprier les leçons morales tirées du conte», tient-il à faire savoir.
Le pays Sérère au clair de Lune est un livre de 80 pages, écrit en français et en sérère. Pour le second livre écrit par M. Faye, Les Chants des oiseaux, l’auteur précise que «c’est une initiation au langage des oiseaux». «J’ai fait des études, des enquêtes auprès des personnes initiées à la culture sérère. Il y a ceux qui savent décortiquer les messages lancés par les oiseaux quand ils chantent. Nous avons répertorié une dizaine de chansons. Pour ceux qui savent décortiquer leurs messages, les oiseaux parlent du courage, de la beauté. L’oiseau chante sa gloire et aussi pour se glorifier, d’autres pour inciter à supporter les difficultés. Cela nous rappelle nos propres valeurs», fait savoir Mamadou Faye. L’écrivain entonne ainsi un des passages de son ouvrage. «Gloire à moi, vainqueur. Et vainqueur, celui qui supporte la douleur. A bas le vaincu ! Et vaincu celui qui exprime ouvertement sa douleur.» « Vous dites à un enfant de supporter la douleur, il va la supporter. Maintenant les valeurs exportées d’ailleurs qu’on cherche à inculquer à nos enfants ne sont pas toutes adaptées à nos réalités. Cela impacte l’éducation et le comportement des enfants», fait-il remarquer.
Parlant de ses projets, M. Faye d’évoquer un troisième livre qui est en gestation. «Dans mon premier livre, il y avait huit contes que je souhaitais éditer, mais l’éditeur n’en a édité que quatre. Il reste quatre autres qui cherchent éditeur. Il y a beaucoup de choses du monde sérère que les gens ignorent. J’ai recueilli 160 maximes et proverbes sérères que je compte éditer. Une fois qu’ils seront édités, cela témoignera de la richesse de la culture sérère qui est dans la civilisation nègre», indique-t-il.
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