El Niño – l’enfant en français – a été baptisé ainsi par des pêcheurs péruviens, il y a des centaines d’années. En cause, la disparition des poissons qui ont migré vers les eaux froides à cause d’une vague de chaleur sous-marine à la période de Noël. Un cadeau empoisonné imputé à l’enfant Jésus.
«Le monde doit se préparer au développement d’El Niño», a prévenu le chef de l’OMM, Petteri Taalas, dans un communiqué. Le déplacement des précipitations vers l’Amérique du Sud pourrait ainsi entraîner de fortes sécheresses en Australie et en Indonésie. A contrario, les pluies pourraient être accrues dans le nord-ouest des États-Unis, le sud de l’Amérique du Sud et la Corne de l’Afrique. Ces précipitations peuvent être une bonne nouvelle pour cette région africaine durement touchée par la sécheresse, en raison du réchauffement climatique.
Mais El Niño va-t-il augmenter les risques d’événements climatiques extrêmes ? «Pas nécessairement, ils seront juste distribués à un autre endroit», répond Christophe Cassou, directeur de recherches du CNRS au CERFACS à Toulouse. «La côte péruvienne habituellement sèche pourrait connaître des inondations», donne-t-il en exemple. «Le nombre de cyclones dans les Caraïbes va également diminuer pour sévir dans le Pacifique central, vers la Polynésie», poursuit le chercheur.
Toutefois, les impacts du Niño se feront peu ressentir en Europe car «il affecte surtout les tropiques du Pacifique et le continent américain», rassure-t-il. Au regard des précédents «Super Niño» sur les périodes de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016, les conséquences sur notre continent étaient «limitées». Christophe Cassou évoque des «précipitations plus fortes», en particulier sur le pourtour méditerranéen au début de l’automne.
Battre le record de chaleur de 2016
Le dernier événement de Niño de la période 2015-2016 avait été particulièrement puissant. L’année 2016 est depuis considérée comme «l’année la plus chaude jamais enregistrée en raison du “double effet” du El Niño et du réchauffement provoqué par les gaz à effet de serre», souligne ainsi l’OMM dans son rapport. Comparée à la période de 1901 à 2000, «l’année 2016 a connu une anomalie de température de +1°C», indique Christophe Cassou.
Si pour l’instant il est trop tôt pour prédire l’intensité ou la durée d’El Niño à venir, «son impact sur l’atmosphère sera certainement plus fort qu’en 2016», avertit Christophe Cassou. Depuis dix ans, la température globale de la Terre a augmenté de 0,3°C. Par conséquent, «si le Niño de cette année est virulent, il est presque certain que nous allons battre le record de chaleur de 2016», explique-t-il.
El Niño est à différencier de La Niña, phénomène inverse qui intervient en alternance et à la même fréquence. Elle provoque un refroidissement des eaux du Pacifique Est. Depuis trois ans, la Terre était sous l’influence de ce phénomène. Pour Christophe Cassou, c’est également l’un facteur qui explique «pourquoi le record de température globale n’a pas encore été battu».











