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Rapport – Dans la peau d’un journaliste au Sahel : Les médias menacés dans le Sahel – Lequotidien

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L’exercice du métier de journaliste dans le Sahel relève presque de l’impossible. Confrontés aux entraves du pouvoir public et aux menaces des cellules terroristes, les journalistes se retrouvent dans le viseur des différentes parties : expulsion, risques d’enlèvement, voire d’assassinat, font désormais partie du quotidien des journalistes exerçant dans les pays du Sahel. C’est le constat fait par Reporters sans frontières (Rsf) dans son dernier rapport intitulé «Dans la peau d’un journaliste au Sahel», une enquête sur les dangers qui menacent le journalisme dans cette région d’Afrique. Rsf rappelle aux Etats du Sahel que la gestion complexe des attaques terroristes et la riposte des armées ne sauraient être un motif pour violer le droit à l’information et la liberté de la presse.

Par Ousmane SOW – Est-ce la règle dans les pays dirigés par une junte ? Entre Bamako et Ouagadougou, l’exercice du métier de journaliste est soumis à de sérieuses restrictions. La liberté de la presse est à rude épreuve dans les pays du Sahel. Face à cette situation difficile et complexe, Reporters sans frontières (Rsf) décrète une mobilisation générale pour éloigner les menaces. Le lancement en janvier 2022 de la campagne «Sauver le journalisme au Sahel» par Rsf devait servir d’alerte. Mais, la situation a empiré comme le montre l’expulsion de deux correspondantes françaises à Ouagadougou et la fermeture de France 24. Selon Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de Rsf, l’objectif est de fédérer et d’organiser la résistance pour défendre une presse libre et pluraliste au Sahel, afin que cette région ne devienne pas la plus grande zone de non-information d’Afrique.

Deux semaines après la libération du journaliste français Olivier Dubois, après 711 jours de captivité au Mali, Rsf a publié son rapport sur les menaces croissantes sur le journalisme dans la bande sahélienne. D’après ledit rapport de 40 pages, intitulé Dans la peau d’un journaliste au Sahel, Rsf révèle que cinq journalistes ont été tués au Sahel en l’espace de 10 ans, tandis que 2 autres ont été récemment portés disparus et des centaines d’autres ont été menacés et ne peuvent plus exercer leur profession sans risquer leur vie. Pour être journaliste au Sahel, selon Sadibou Marong, il faut «devoir faire face à des bandes armées radicales de plus en plus présentes qui n’hésitent pas à assassiner des journalistes quand elles ne les enlèvent pas pour s’en servir de monnaie d’échange».

Au Sahel, les journalistes doivent affronter de multiples dangers à cause de la détérioration de la sécurité et faire face aux entraves imposées par les Etats qui limitent, souvent de façon arbitraire, la liberté de circulation et le droit d’informer des journalistes, notamment dans les régions où sont déployés les groupes armés. «Il faut encore apprendre à évoluer avec la milice de Wagner, qui exerce une influence de plus en plus palpable sur le marché de l’information régionale, mais aussi déjouer les pièges des mercenaires de la désinformation», conseille Sadibou Marong.

L’ombre de la milice de Wagner
Pour Rsf, il est également difficile de jouir d’une liberté de ton ou d’expression dans les médias qui se trouvent aujourd’hui entre le marteau des terroristes, qui vont jusqu’à contrôler les programmes de radios dans certaines localités, et l’enclume de la junte malienne et de ses partenaires russes. Le rapport évoque également la double contrainte avec laquelle doit désormais composer les médias. Selon Rsf, la liberté de la presse se dégrade au Mali depuis l’arrivée de Wagner.; Fruit de l’engagement direct sur le terrain mené par des équipes de Rsf à Dakar, dans le cadre de la mise en œuvre de cette campagne, ce rapport s’intéresse, dans un premier temps, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, ainsi qu’au Nord du Bénin, frontalier avec les pays du Sahel où nichent de nombreuses cellules terroristes. Le rapport fait aussi état des conditions d’exercice du métier en Mauritanie, pays de la zone relativement préservé à ce jour des attaques subies par ses voisins, et évoque les initiatives résilientes qui ont vu le jour dans la région. Dans son rapport, Rsf souligne que dans ce contexte sécuritaire dégradé et instable, les médias et les journalistes ont dû réadapter leurs pratiques afin de contourner les pressions, les difficultés liées à la circulation et l’accès à certaines zones du Sahel afin de poursuivre, malgré tout, leur mission d’informer.

Que faire pour protéger le journalisme au Sahel ? Pour Rsf, c’est possible. Pour cette organisation, la gestion complexe des attaques terroristes et la riposte des armées régulières ne sauraient être un motif pour violer le droit à l’information et la liberté de la presse. Pour apporter des solutions aux différents problèmes dans ce contexte sécuritaire dégradé et instable, Rsf «appelle» les autorités des Etats du Sahel à «assurer» du mieux possible, et dans la mesure des moyens disponibles, la sécurité des reporters qui se rendent dans les zones à risques, de négocier avec les ravisseurs des otages pour obtenir leur libération, mettre fin aux attaques verbales et menaces contre les journalistes, aux expulsions arbitraires de journalistes étrangers, d’adopter des lois sur l’accès à l’information publique.

Par ailleurs, Rsf appelle les Etats membres de la Cemac et de la Cedeao, à «élaborer» un code de conduite sous-régional pour la sécurité des journalistes en zones de conflits, concernant en particulier les femmes journalistes, et de reconnaître et garantir le droit à l’information tel qu’énoncé par le Partenariat sur l’information et la démocratie, et soutenir le développement et la mise en place d’une agence africaine de soutien aux médias.

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