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Russie: après son arrestation, Navalny dénonce une «parodie de justice»

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, est arrivé, dimanche 17 janvier, à Moscou, où il a été arrêté par la police, après que l’avion le transportant a été dérouté à la dernière minute et que la plupart de ses alliés ont été également interpellés.

Alexeï Navalny savait en arrivant à Moscou qu’il risquait d’être aussitôt arrêté. Les services pénitentiaires russes avaient fait connaître leur intention de le faire dès le mois dernier. L’opposant n’a pas renoncé pour autant à revenir dans son pays : « Toutes les affaires pénales qui me visent sont des affaires montées de toutes pièces. La vérité, et la justice, sont de mon côté. Je n’ai peur de rien et je vous appelle à ne pas avoir peur. »

Ce lundi 18 janvier, l’opposant a dénoncé « l’illégalité la plus totale » de la procédure le visant depuis son arrestation la veille, alors qu’il comparaissait au commissariat face à un juge devant se prononcer sur sa détention. « Je ne comprends pas ce qui se passe, a-t-il déclaré dans une courte vidéo diffusée sur Twitter par sa porte-parole. On m’a sorti de ma cellule il y a une minute de cela, pour une rencontre avec mes avocats. Je suis arrivé ici et je me retrouve à une audience du tribunal de Khimki. Des gens me filment, des gens sont assis dans la salle. Pourquoi l’audience du tribunal de Khimki se déroule-t-elle dans un commissariat ? […] Pourquoi n’ai-je pas reçu de convocation ? Je comprends pas. »

C’est une scène assez surréaliste qu’offre cette salle de tribunal visiblement improvisée dans les locaux du commissariat où se trouve Alexeï Navalny : une table quelques chaises poussées contre un mur, et deux drapeaux dans un coin. La juge en charge de l’affaire s’est déplacée elle-même sur place pour que l’audience puisse avoir lieu. « Je n’ai jamais vu cela en Russie en vingt ans de carrière », s’étonne un avocat sur les réseaux sociaux.

Cette cour improvisée déjà brocardée sur les réseaux sociaux doit statuer non pas sur une éventuelle condamnation d’Alexeï Navalny mais sur une prolongation de sa détention – jusqu’à ce qu’un tribunal décide ou non de commuer en peine de prison ferme le sursis infligé à l’opposant il y a plus de cinq ans. Pour l’opposant comme pour ses partisans, tout cela n’a qu’un seul objectif en réalité : l’écarter de la scène politique russe, sinon pour les années à venir, en tous cas jusqu’aux élections législatives de l’automne prochain.

L’attitude paradoxale des autorités russes
Alexeï Navalny est accusé de ne pas avoir respecté les conditions de sa mise à l’épreuve, alors qu’il se trouvait en Allemagne pour se se faire soigner; il pourrait se voir condamner à plusieurs années de prison. Les autorités russes qui semblent décidées à écarter durablement cet opposant, même si elles continuent d’en minimiser l’importance sur la scène intérieure. Une attitude paradoxale, illustrée par la réaction surréaliste du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui affirmait ne pas être au courant de l’arrestation d’Alexeï Navalny.

Devant – à l’origine – atterrir à l’aéroport Vnoukovo de Moscou, l’avion transportant l’opposant a été dérouté vers celui de Cheremetievo et s’y est posé à 20h12 (17h12 TU), près de trois heures après avoir quitté Berlin. En montant à bord aux côtés de sa femme Ioulia, Alexeï Navalny avait dit être « très heureux » de revenir et assuré « n’avoir rien à craindre en Russie ». À l’aéroport Vnoukovo, où l’opposant était à l’origine attendu, la police a aussi interpellé la plupart de ses alliés venus l’accueillir, dont Lioubov Sobol, figure montante de l’opposition russe déjà arrêtée il y a quelques semaines. La police antiémeute était présente en force et a délogé progressivement de l’aéroport la plupart des quelque 200 partisans d’Alexeï Navalny qui s’y trouvaient.

Les alliés de Navalny sont accusés de « désobéissance » envers la police, a précisé sur Twitter un proche collaborateur, Ivan Jdanov. Selon l’ONG spécialisée OVD-Info, 37 personnes au total ont été arrêtées dimanche à Moscou avant l’arrivée d’Alexeï Navalny.

Tombé dans le coma en août
Le chef de file de l’opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu’il revenait d’une tournée électorale en Sibérie. D’abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches. Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l’opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l’époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou. L’opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d’avoir tenté de l’assassiner sur l’ordre direct de Vladimir Poutine.

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