Grâce à Spécial Olympics, qui s’investit dans l’accompagnement des jeunes déficients à intelligence spéciale, à combattre les préjugés, cette frange de la population s’épanouit grâce au sport. Il reste encore des combats à gagner, des victoires à décrocher pour ces gamins trisomiques, qui touchent à chaque fois les étoiles lors des compétitions sportives internationales. Loin de la fatalité.
Par Justin GOMIS – Le Sénégal a célébré, ce mardi, la Journée mondiale de la trisomie 21. Loin des drames, ces enfants ont des histoires à raconter, des récits de gloire à leur actif. Sur la base de données de Spécial Olympics, ils sont 3500 enfants à souffrir de la déficience cérébrale. «Ce sont des personnes qui ont une trisomie 21 ou qui ont une déficience cérébrale, ou qui ont eu des souffrances fœtales ayant engendré un dysfonctionnement au niveau intellectuel», explique Mme Rajah Sy, présidente de Spécial Olympics. Grâce à cette structure, ces déficients à intelligence spéciale performent en sport et font sauter les préjugés. «Spécial Olympics prend en charge ces jeunes à travers le sport, car nous pensons que le sport est le meilleur moyen de faciliter leur inclusion dans la société. Il nous permet de nous assurer que nos jeunes ont des aptitudes nécessaires pour faire du sport», explique Mme Sy. Elle ajoute : «Nous avons également un programme de leadership parce que pour nous, il est important qu’ils puissent être des leaders pour montrer leur compétence et participer de manière active à la vie en société. Nous avons également le programme jeunesse par lequel nous sensibilisons également les jeunes dans les écoles à jeter un regard positif vers leurs camarades ayant un handicap. Et nous avons un programme de sensibilisation à l’endroit des parents, de la communauté pour changer un regard sur la déficience intellectuelle.»
Lors de la Journée mondiale de la trisomie 21, Spécial Olympics a partagé son plan stratégique 2023-2025. Il est axé sur six orientations. «La première, c’est de renforcer les capacités pour réduire les inégalités. Nous avons également une orientation qui est axée sur tous les jeunes ayant une déficience intellectuelle afin de pouvoir bénéficier des programmes de Spécial Olympics.» Mme Sy enchaîne : «La quatrième orientation stratégique, c’est la culture. Spécial Olympics est une organisation qui est basée sur l’authenticité sans aucune limitation des participants, et cette diversité culturelle fait que nos athlètes ont des compétences culturelles. Nous voulons donc développer ces compétences.»
Aujourd’hui, Spécial Olympics a mis en place une troupe de tambours, drivée par Tapha Ndiaye Rose, fils de Doudou Ndiaye Rose. «Nous avons une troupe de majorettes et une troupe théâtrale. Nous avons également une orientation qui est axée sur tous les jeunes ayant une déficience intellectuelle afin de pouvoir bénéficier des programmes de Spécial Olympics. Nous avons une orientation stratégique sur la communication, car il est primordial à notre avis de pouvoir communiquer avec toutes les composantes de la société pour changer ce regard et montrer les aptitudes et capacités de nos jeunes.»
Avec autant d’initiatives, l’objectif est de vaincre les clichés. «Il est également important pour nous de pouvoir mener un plaidoyer et un programme de sensibilisation pour permettre à l’ensemble de la population, aux parties prenantes, aux organisations de développement de mener des programmes qui permettent de changer les mentalités et de montrer ce que savent faire ces jeunes à intelligence spéciale. La dernière orientation stratégique, c’est le sport, qui est notre cœur de métier. Nous comptons utiliser le sport comme un moyen de développement de la performance à long terme», finit de détailler Mme Sy.
Aujourd’hui, Spécial Olympics fait focus sur trois activités phare pour 2023 : Il s’agit de la participation aux Jeux mondiaux en juin à Berlin. En Allemagne, 54 jeunes participeront aux compétitions d’athlétisme, de basket, de football, d’équitation, de natation, entre autres. En outre, trois jeunes participeront au Sommet mondial de la jeunesse.
Par ailleurs, Spécial Olympics compte tenir un symposium dans le cadre de la célébration de la Semaine du handicap. «Ce symposium, qui est une recommandation, permet de mener une réflexion avec toutes les parties prenantes pour pouvoir mettre en place des projets et programmes, qui vont faciliter l’inclusion et qui vont permettre de résoudre tous les problèmes que vivent les jeunes ayant une déficience intellectuelle ou les jeunes à intelligence spéciale», note Rajah Sy. In fine, il y a le rêve absolu : l’érection d’un complexe multifonctionnel et de formation professionnelle pour aider les jeunes à avoir une activité professionnelle. «Des jeunes comme Gérard sont arrivés très tôt chez nous, ils ont grandi avec Spécial Olympics, qui est présent aussi à Bignona, Ziguinchor, Kolda, Kaolack, Mbour et Fatick, Thiès et Saint-Louis.
Aujourd’hui, ils ont des ambitions de pouvoir bénéficier d’une formation professionnelle, d’avoir une activité professionnelle et de pouvoir subvenir à leurs besoins. Comme chacun et chacune d’entre nous. Et le centre sportif nous permettra d’élargir la gamme que nous proposons, de faire éclore nos pépites parmi notre cible et de les préparer pour les compétitions internationales où nous espérons qu’ils pourront participer à un très haut niveau et monter très haut le drapeau du Sénégal», pose Mme Rajah Sy. Encadrés, ces enfants font des merveilles et des prouesses : en 6 participations aux compétitions auxquelles a participé Spécial Olympics, ils ont glané 43 médailles.
Performances sportives et intégration sociale
Dans cette volonté d’offrir de meilleurs cadres d’expression à ces jeunes, le Colonel Babacar Alassane Guèye fait un plaidoyer à l’endroit de la presse : «Nous vous demandons d’être des relais pour faire ce plaidoyer des confrères et de la communauté. Vous avez peut-être des enfants qui sont dans cette situation. Des enfants qui n’ont pas la chance d’approcher Spécial Olympics et qui sont cachés dans les maisons parce que les parents ne sont pas fiers d’eux ou parce qu’ils ne savent pas de quoi ils souffrent et qu’ils ont peur du regard de l’autre.» Grâce à Spécial Olympics, ils ont dépassé ce stade et sont pleinement intégrés. «Vous avez vu l’aisance avec laquelle ils s’adressent à la foule. Cela montre qu’il y a un travail qui a été fait, et la conséquence : ils ont une estime de soi. Ce leadership leur permet de se mettre devant des adultes et de dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils souhaitent», avance Colonel Guèye.
Les coaches, bénévoles sont sur le terrain et font des visites à domicile, avec l’appui des relais communautaire comme les Badienou gox, les chefs de quartier, pour détecter ces jeunes souvent chassés de certaines maisons ou dont les parents ne veulent admettre qu’ils ont des enfants à déficience spéciale et les cachent. Evidemment, ils fuient la stigmatisation, la mise à l’écart, les préjugés et l’ignorance.
justin@lequotidien.sn











