Premier entraîneur à sélectionner Idrissa Gana Guèye en Equipe nationale, en novembre 2011, Amara Traoré se dit fier des 100 sélections du milieu de terrain des Lions, fêtées hier contre le Mozambique. Témoignages.
Quelles sont les qualités qui vous ont convaincu chez Idrissa Gana Guèye au moment de le sélectionner pour la première fois en Equipe nationale ?
Gana Guèye, c’est un joueur que je suis allé voir à Lille, et avec Pape Ndiaye Souaré et Kara Mbodji aussi. C’est un garçon d’abord intelligent dans le jeu, avec un gros volume de jeu, capable de récupérer beaucoup de ballons. Et dans son rôle de récupérateur, il faisait aussi jouer les autres. Vous voyez même avant de jouer en Angleterre, c’était un milieu «Box to box», avec sa petite taille qui facilite ses déplacements et jaillissements. C’est quelqu’un qui aime se projeter vers le but.
Justement, pouvez-vous nous raconter sa première sélection ?
C’était lors d’un match amical contre la Guinée (11 novembre 2011 à Paris). J’avais l’option de faire la liste des 23 qui devaient aller à la Can, à Bata. Et en plus, j’ai été avec les Olympiques. C’étaient des garçons qui étaient à cheval entre les deux équipes et qui étaient promis à un bel avenir. Et pour moi, c’était le moment de tester Gana et de voir comment il va réagir avec le groupe. Je l’ai lancé à la mi-temps du match amical et il a fait une bonne rentrée. Il est vrai que la concurrence était très forte. Et après discussion avec Abdoulaye (Sarr), on avait décidé de le laisser avec les Olympiques qui devaient aussi jouer des matchs très importants pour la qualification des U23, aux Jo d’Angleterre. A l’époque, c’est nous qui avions monté l’Equipe des U23.
De sa première sélection jusqu’à aujourd’hui, comment jugez-vous sa progression ?
Sa progression ne m’a pas surpris. Parce que c’est un garçon réfléchi, un garçon posé, travailleur, qui ne fait pas d’histoires, qui a une conscience très professionnelle, une exigence quotidienne du métier. Gana, c’est un modèle du football sénégalais, et de par sa clairvoyance, sa longévité, parce qu’il est constant. Et quand tu vois un joueur qui a une constance pendant toutes ces années, qui joue beaucoup de matchs, c’est parce qu’il est sérieux. Je touche du bois, il est rarement blessé, ça montre son sérieux. Il est patriote et dans tous les clubs où il a joué, il s’est imposé. Même au Paris Saint-Germain, il s’est imposé dans la difficulté. Aujourd’’ui, quand je vois que Psg regrette Gana, ça me fait rire. Ils n’auraient jamais dû le laisser partir. Donc, sa progression ne me surprend pas et on a vu en Ligue des Champions, tous les grands matchs qu’il a faits. On l’a vu en Coupe du monde où on a senti son absence contre l’Angleterre et aussi en Coupe d’Afrique. Aujourd’hui, il fait partie des piliers de l’Equipe nationale ; comme pour dire que j’avais fait le bon choix en le sélectionnant. Gana mérite ce record par sa longévité. Il est exceptionnel, il est sage et humble. C’est vraiment un modèle de joueur au Sénégal. Je pense que les jeunes garçons doivent s’inspirer de Gana. C’est un patriote, sa progression ne me surprend pas.
Quel sentiment vous anime en le voyant fêter ses 100 sélections ?
Beaucoup de fierté. Cela prouve que l’avenir m’a donné raison. Vous savez, en Equipe nationale, il n’y a pas de cadeau. Après, Aliou l’a eu avec les U23 pour les Jo 2012 en Angleterre. Il a appris à le connaître, il a appris à faire de lui un cadre, une épine dorsale de son équipe. Aujourd’hui, avoir 100 sélections, c’est parce que tu as une longévité, une constance, tu es performant. C’est vraiment mérité. C’est un bel hommage d’avoir fêté ses 100 sélections avec tout le Peuple sénégalais. Et puis le faire ici, à Dakar, dans ce nouveau stade, c’est historique. Il n’y a pas de hasard dans la vie. C’est le premier joueur sénégalais à avoir 100 sélections. Ça aurait dû être Henri Camara, qui a eu aussi une longévité. Henri, un gars sérieux, rigoureux et travailleur, et très humble. C’est magnifique pour Gana. Tout cela montre la progression du football sénégalais. On a des joueurs de plus en plus conscients et qui arrivent à être capés. Cela veut dire que cette équipe-là progresse, joue des matchs et se qualifie en Coupe d’Afrique et en Coupe du monde. Et tout ça doit être une source de motivation pour les garçons. Je dis bravo à Gana, félicitations, et essaie d’atteindre les 200 sélections (rire). C’est tout le mal que je lui souhaite. Vraiment je suis heureux pour lui.
Par Amadou MBODJI – ambodji@lequotidien.sn












