Arbitre de football de la sous-cra de Vélingara, Ibrahima Sory Bayo, 29 ans, marié et père d’un enfant, natif et basé dans le village de Fofanaya dans la commune de Saré Coly Sallé, fait partie des heureux rescapés de l’accident tragique survenu à Sikilo, non loin de Kaffrine, dans la nuit du 7 au 8 janvier passé. Il s’en est sorti avec une fracture au bras gauche. Sory l’a échappé de peu, ayant quitté la cabine du chauffeur 3mn avant le très mortel accident. A part sa vie, il a tout perdu lors de ce drame, victime de vol des premiers secouristes. Concernant les mesures relatives à la sécurité des passagers, cet éducateur volontaire des classes passerelles dans un daara de la cité religieuse de Médina Gounass, suggère plus de rigueur lors des visites techniques et l’élargissement des routes nationales.
M. Bayo, vous avez échappé au drame de Sikilo. Racontez-nous le tragique accident que vous avez vécu dimanche passé ?
Vendredi, j’ai appelé mon ami, Moussa Soumboundou (chauffeur d’un des bus, qui a péri lors de l’accident), pour lui demander de me réserver une place dans son bus, car je comptais retourner au village. Samedi, vers 17 heures, comme il y avait un embouteillage sur l’axe Dakar-Poste Thiaroye, où je l’attendais, Moussa a dépêché ses apprentis pour venir me récupérer et m’amener vers Grand-Yoff, afin de monter dans son bus. Un geste que j’ai beaucoup apprécié. J’avais trouvé une place tout à fait à l’arrière du bus. Je ne suis pas resté là-bas, je discutais avec lui le long du trajet, jusqu’à Mbour. Je chargeais en même temps mon téléphone. A partir de Mbour, il a donné le véhicule à son assistant-chauffeur, Mame Mor. Nous avons continué à parler de Vélingara. C’est à Kaffrine que j’ai rejoint ma place, au fond du bus. 3mn après, nous avons entendu un bruit très fort d’un pneu qui a certainement éclaté. Et puis, quelques secondes après, le choc de fin du monde.
Quelle était l’ambiance à l’intérieur du bus après l’accident ?
Indescriptible ! Impossible de raconter la scène. Moi, je suis resté stoïque derrière, perdu dans mes pensées. Une femme, dans la panique, est montée sur mon bras pour se sauver. C’est ce qui a causé cette fracture. Il a fallu, à mon tour, que je casse des vitres pour sortir. Des gens appelaient au secours, coincés dans de la ferraille, entre 2 rangées de bancs. On voyait, impuissant, des gens agoniser, criant au secours, demandant à voir leur fils, recherchant un proche, les yeux grands ouverts, jusqu’à leur dernier souffle.
J’ai appelé mes parents pour leur dire que notre bus a fait un accident et que, par la Grâce de Dieu, je vais bien. Et puis, à l’arrivée des secouristes, mon téléphone a disparu. Mes parents, plus tard, ont dit, qu’ils ont pu joindre quelqu’un qui leur a dit que j’étais resté dans un accident. Vous imaginez la panique créée au sein de ma famille. Ils ont volé tous nos bagages. J’ai tout perdu : Carte d’identité nationale, carte professionnelle d’arbitre, argent, vêtements, tout. Mais c’est un moindre mal. Nous remercions Dieu pour cette chance.
Pourquoi êtes-vous revenu, au lieu de continuer les soins à Kaffrine ?
Il faut rendre hommage au personnel de santé de Kaffrine. Nous avons été bien traités. Avec beaucoup d’attention et de compassion. Les Forces de sécurité, les sapeurs-pompiers, les autorités administratives, tout le monde a eu des paroles rassurantes à notre endroit et s’est donné à fond pour apporter les soins qu’il faut aux blessés. J’ai demandé à ce que l’on ne mette pas un plâtre sur mon bras parce qu’à Vélingara, nous avons un spécialiste traditionnel des fractures, très efficace. Avec lui, ma guérison peut se faire en un mois, tout au plus.
Apparemment vous avez reçu, en tant que rescapé, un appui financier de l’Etat…
Effectivement, je l’ai reçu. C’est mon médecin-traitant de Kaffrine qui me l’a remis. Merci au chef de l’Etat pour avoir pensé à nous appuyer.
Comment envisagez-vous votre avenir avec cette blessure ?
Ce qui est sûr, je resterai loin des terrains de football qui me procuraient de l’argent. En tant qu’éducateur, on nous doit 2 mois d’indemnités impayées. Comme on est des volontaires, je ne sais pas comment cela va se passer.
L’Etat a pris un certain nombre de mesures tendant à assurer une meilleure sécurité des passagers dans les véhicules de transport public. Ayant vécu un accident, quelles mesures préconiseriez-vous ?
La rigueur lors des visites techniques. On ne peut pas transporter des personnes et négliger leur sécurité en ne vérifiant pas l’état de son véhicule, des pneus surtout. Et puis, il y a l’étroitesse des routes. Il faut les agrandir davantage.
Propos recueillis par Abdoulaye KAMARA












