C’est un homme atypique. Fallou Guèye a créé le premier site de conservation de reptiles en Afrique de l’Ouest, après un périple de plus de 20 ans en Europe. Entre lui et les reptiles, notamment les serpents, c’est une histoire d’amour.
Par Alpha SYLLA – A Guédiawaye, la vraie fausse histoire de la découverte du «dragon» en 2019 dans une concession avait fait un grand bruit et essaimé la psychose à Las Palmas.
Fallou Guèye fait partie des éléments qui étaient descendus sur les lieux pour en avoir le cœur net. Avec des sapeurs-pompiers, l’herpétologue avait mis son expertise à la disposition des habitants de la banlieue. En fin connaisseur des moindres traces, cris des reptiles, il a réussi à rassurer les populations avec la conclusion qu’«il n’y a aucune trace de serpent dans le milieu». Dans le Parc de Hann, ce passionné de reptile a mis en place le premier Reptilarium en Afrique Occidentale. «Le reptilarium est géré par un opérateur privé. Il a passé plusieurs années en Europe, il est rentré au bercail avec la conviction d’être utile à son pays en s’investissant dans ce domaine pour plusieurs raisons», témoigne le directeur des parcs forestier et zoologique de Hann.
Spécialiste des serpents
Ennemi des rats ou passionné de serpents ? «Les rats perturbent le sommeil», dit Fallou Guèye. Il aurait dû dire : «Les serpents sont utiles, ils nous épargnent des caprices des rats.» Ces serpents se nourrissent justement de rats, parfois de poulets. Il n’hésite pas. Il ne cache pas non plus son amour pour les reptiles en général, les serpents en particulier. Pour preuve, 90% des sujets dans le reptilarium sont constitués de serpents. Avec plusieurs espèces. «Là, nous avons les pythons, qui peuvent mesurer jusqu’à sept mètres et peser environ cent kilogrammes», ajoute-t-il.
A l’entrée du vivarium, le visiteur est accueilli par des singes, juste après le poste de garde, des tortues vertes s’accouplent. Cette espèce rampante fait partie des catégories de reptiles qui passionnent Fallou Guèye dans cet endroit du parc. Parler d’elle fait sa journée. Il en parle avec une passion débordante. Il dit : «La tortue terrestre fait partie des espèces en voie de disparition. Le fait qu’elle puisse s’accoupler pendant une heure avait fait penser à certains, comme les Lébous, que la consommation de viande de tortue consolide la virilité. Ce n’est pas fondé.» A Quelques pas, on arrive à la première cage où des serpents se reposent. Accompagné de visiteurs italiens, Fallou ne tergiverse pas sur les noms ou caractéristiques de chaque reptile. Il présente ces animaux dans les moindres détails.
Dans ce premier habitat, vivent des pythons de Seba, pouvant atteindre sept mètres de long avec 100 kilogrammes s’ils sont bien nourris. Dans le bâtiment où les serpents sont exposés dans des cages, les visiteurs ne s’ennuient pas. Des vipères, des mambas noirs, des cobras qui étendent leur coiffe en cas de danger, Fallou charme ses serpents et satisfait ses clients. Toutes les espèces non venimeuses sont extirpées, tour à tour, de leur habitat pour permettre aux visiteurs d’immortaliser le moment.
Chacun selon sa manière et son rythme.
L’arrivée d’un couple guinéen contraint le conservateur à continuer la séance d’explication. Il ne tâtonne pas sur les noms et caractéristiques de chacun des serpents. Il connait sur le bout des doigts, le comportement de chaque animal, venimeux ou non, mâle ou femelle, ovipare ou ovovivipare. «Au Sénégal, il existe 63 races de serpent sur les 2700 au monde, les 18 sont dangereux et 43 espèces ne présentent aucun danger. Même si un serpent te mord, avant de prendre un anti-venin, il est important de savoir si l’espèce a un venin ou pas.
Ce médicament a été travaillé sur la base de venin, alors, si après prise du médicament, il s’avère que le serpent n’est pas venimeux, on risque de se créer des soucis», déclare-t-il sous l’œil attentionné des visiteurs. Sinon, «il suffit de prendre du gel hydro-alcoolique. Le serpent ne mord jamais sans motif. Soit il a faim, il attaque, soit il est menacé, il se protège».
Un émigré
Après 26 ans passés en terre italienne, Fallou a décidé de revenir au bercail. En 2015, ce natif de Diourbel réalise la géniale idée de créer le premier Reptilarium de l’Afrique de l’Ouest. Le but du projet, c’est, selon lui, voler au secours de cette catégorie d’animaux. Les reptiles, notamment les serpents, jouent un rôle important dans l’écosystème, notamment en nous protégeant contre certaines maladies. Opérateur privé dans le Parc de Hann, Fallou s’échine, avec ses fils, à tenter de maintenir cet espace accueillant pour les visiteurs et agréable pour les animaux. Pour le moment, il se démène seul pour nourrir ses tortues, crocodiles et serpents.












