Ce jeudi 9 février, l’écrivain Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature en 2010, a fait son entrée à l’Académie française. Après avoir été élu en 2021, l’auteur espagnol d’origine péruvienne de 86 ans a reçu mercredi son épée d’Académicien. (…)
Mario Vargas Llosa a prononcé son discours sous la coupole, avec son épée et son costume brodé de rameaux d’olivier vert et or d’Académicien, comme l’exige la tradition séculaire de l’institution parisienne. «J’ai débarqué ici en 1959, et j’ai découvert que les Français avaient découvert la littérature latino-américaine avant moi. Ils lisaient Jorge Luis Borges, Octavio Paz, Gabriel García Márquez… C’est donc grâce à la France que j’ai découvert l’autre visage de l’Amérique latine, les problèmes communs à tous ces pays, l’horrible héritage des putschs militaires, le sous-développement, les guérillas et les rêves de libération. C’est donc en France -quel paradoxe !- que j’ai commencé à me sentir un écrivain péruvien et latino-américain.» Avec l’entrée du Prix Nobel de littérature péruviano-espagnol, Mario Vargas Llosa, à l’Académie française, c’est toute l’Amérique du Sud qui rejoint la prestigieuse institution parisienne. Dans son discours, il a aussi déclaré sa flamme à la culture française, et à Paris, ville où il a immigré en 1959. «Au temps de mon enfance, la culture française était souveraine dans toute l’Amérique latine, ainsi qu’au Pérou. «Souveraine», cela veut dire que les artistes et les intellectuels la tenaient pour la plus originale et consistante, en y voyant la consécration de leurs rêves, ce voyage à Paris qui, d’un point de vue artistique, littéraire et sensuel, était la capitale du monde. Et aucune autre ville n’aurait pu lui disputer sa couronne. C’est avec ces idées que j’ai grandi et me suis formé, en lisant des auteurs français, parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Albert Camus et Simone de Beauvoir, qui m’ont sauvé du stalinisme qui alors, sous la tutelle de Moscou, dominait les partis communistes latino-américains. En apprenant le français et en lisant les auteurs français, j’aspirais secrètement à être un écrivain français. C’est pourquoi je rêvais de la France et de Paris.»
Une élection exceptionnelle
Déjà, l’élection de Maria Vargas Llosa était une exception. Non seulement parce qu’il était dix ans plus vieux que l’âge limite pour postuler, mais aussi parce qu’il n’avait jamais écrit en français. Mais le prestige de son Prix Nobel de littérature l’avait emporté, rejaillissant ainsi sur une Académie française qui n’avait pas eu de lauréat de cette envergure depuis François Mauriac, entré en 1933 et récompensé en 1954. Et puis, son œuvre monumentale, avec des essais, pièces de théâtre, plus de vingt romans parmi lesquels La ville et les chiens, La tante Julia et le scribouillard ou encore La fête au bouc, a plaidé en sa faveur. Sa francophilie également. Il habitait à Paris dans les années 1960, et avait toujours dit son admiration des lettres françaises, qui le lui rendirent puisqu’en 2016, il fut le premier auteur étranger vivant à entrer dans la célèbre collection de la Pléiade. Une reconnaissance dont il était fier, comme il le disait : «Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j’étais content avec l’édition de mes livres dans la Pléiade. J’ai toujours été très proche de la littérature française, et considéré que la Pléiade était une sorte de sommet. Alors, en faire partie, être à ce sommet, c’était très encourageant.»
Une voix dérangeante pour certains
Toutefois, des personnalités, universitaires, politiques, se sont élevées dernièrement pour condamner ses positions publi-ques. Mario Vargas Llosa, candidat malheureux à la Présiden-tielle du Pérou en 1990, n’a jamais cessé d’afficher ses opinions ultra-libérales, comme son soutien récent à José Antonio Kast, prétendant de l’Extrême-droite aux élections au Chili. Cité aussi dans des affaires d’évasion fiscale, l’écrivain est sujet à critiques. Reste que son entrée à l’Académie française, au fauteuil 18 occupé précédemment par le philosophe Michel Serres, renforce l’universalité de l’institution qui a déjà accueilli des écrivains du monde entier, de l’Américain Julien Green à l’Algérienne Assia Djebar. Aujourd’hui, l’Académie compte dans ses rangs encore de grands auteurs nés hors de l’Hexagone, que ce soit Amin Maalouf au Liban, Dany Laferrière en Haïti ou encore Andreï Makine en Russie. Avec Vargas Llosa, c’est toute l’Amérique du Sud qui rejoint la France.
Avec Rfi












