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Arnaques dans les e-Tontines: comment les femmes sénégalaises jettent des millions en ligne

Pressafrik

Les tontines en ligne sont devenues un phénomène de plus en plus présent et très tendance sur les réseaux sociaux. Des administrateurs de pages et groupes sur Facebook, Instagram, WhatsApp, entretiennent ces modèles d’épargne très prisés au Sénégal. Cependant, ces forums privés et virtuels sont souvent le théâtre de multiples arnaques et de détournements de fonds. Les organisateurs de ces « Natts » virtuels disparaissent le plus souvent avec des cotisations pouvant aller jusqu’à 40 millions FCFA. Souvent, sans laisser la moindre trace concrète pouvant mener à leur localisation ou leur identification. PressAfrik s’est entretenu avec des victimes de cette pratique née avec l’essor des réseaux sociaux. Naives ou trop crédules, ces femmes bernées par de « parfaites inconnues » confient leurs mésaventures en ligne.

Les E-tontines sont la réplique moderne des « Natts » traditionnels organisés dans les quartiers par les femmes qui se constituent en groupements pour épargner argent, bijoux en or, cheveux naturels, tissus, vaisselle et divers… A tour de rôle, les participantes perçoivent, en présentiel, une cagnotte au moyen d’un tirage au sort quotidien, hebdomadaire ou mensuel.

C’est de ce modèle d’épargne traditionnel très prisé par les femmes que les tontines en ligne sont inspirées. Et même si la tontine en présentiel enregistre exceptionnellement des détournements, dans l’E-tontine, ce phénomène est la règle.

Dija Ndiaye disparait avec 40 millions avant de bloquer les participantes

Dija Ndiaye, une organisatrice de tontine en ligne sur WhatsApp a disparu depuis mi-mars avec plus de 40 millions de cotisations des membres de sa tontine. Elle a été signalée partout sur les groupes de femmes dans les réseaux sociaux. « Elle a créé un groupe de tontine sur WhatsApp et a demandé qu’on envoie les cotisations. Mais une fois que l’argent a été envoyé, elle te bloque et te retire du groupe, du coup pour les autres ne sont au courant de rien. Malheureusement, c’est tardivement qu’on a su ce qu’elle tramait, elle avait déjà disparu avec nos cotisations. Le pire, on ne la connait pas bien. C’est la raison pour laquelle la plupart des personnes qui font ce genre d’arnaques ne mettent pas de photo sur leur photo de profil », a expliqué Diodio Fall, une des victimes de la dame Ndiaye.

Arnaques dans les e-Tontines: comment les femmes sénégalaises jettent des millions en ligne
« Après chaque tirage, l’Admin retire et bloque la gagnante à son insu »
Les groupes sur Facebook sont devenus des points de repère pour les détentrices de tontines qui à travers les posts et publications des « Anos » choisissent leurs futures cibles. En leur envoyant des messages en privé, elles créent un lien de confiance.

« Iron Ladies », « Femmes Chic », « Fashion Ladies », « Dames de Fer », …sont des groupes de femmes où l’on retrouve de plus en plus de victimes d’arnaque. « On fait partie d’un groupe qu’on appelle Chic Fashion Ladies, dont les deux admins s’appellent Mamy Insa et Fabi Faby. Elles nous ont arnaqué de 400.000 dans le groupe de tontine. Elles ont réduit à zéro tous nos espoirs. Depuis, elles ont éteint leurs téléphones et sont injoignables », déplore une victime dans ledit groupe.
Des posts de ce genre, y sont légion pour alerter, dénoncer ou demander de l’aide afin de retrouver des « tontineuses ».

La liste est longue. plusieurs femmes ont témoigné être des victimes de ce genre d’arnaque. Adama, coiffeuse de profession, âgée de la vingtaine s’est fait voler une forte somme dans une tontine de cheveux naturels en février. « Je me suis faite escroquer 300 mille dans une tontine qui devait me rapporter 65 boules de cheveux naturels de toutes sortes que je devais revendre dans le salon ou je travaille. La personne avait créé un groupe où elle ajoutait les participantes. Une fois que le tirage au sort était fait, elle retirait et bloquait la personne qui a gagné. Du coup on ne savait pas si la personne avait reçu son argent ou pas. C’est par la suite qu’on a su son stratagème », confie-t-elle à PressAfrik, de l’autre bout de la ligne.

« YAllah naka sama akh dal ! »

La technique d’hameçonnage utilisée est du genre: « Cotisez 100.000 franc et obtenez 500.000 au bout de 30 jours ». Et les victimes tombent souvent dans le piège. C’est le cas de Aminata Diagne, (nom d’emprunt) âgée de 32 ans et qui travaille dans une société à Dakar. « J’espérais doubler mon salaire de ce mois. Par conséquent, j’ai investi la presque totalité de mon salaire, environ 500 mille dans une tontine qui était censée me rapporter 1 million et poussières dans 30 jours. C’est au bout de 13 jours, que la personne a disparu avec mon argent et Dieu sait comment ça été dur pendant ce mois. Je n’avais plus un sou. YAllah naka sama akh dal ! », témoigne la dame qui garde un souvenir douloureux de cet épisode de sa vie.

Les arnaqueuses en ligne, qui entretiennent ce business ont toutes l’art de fondre dans le décor après leur forfait. Sans laisser la moindre trace. Présentée au nom de Khadidiatou Ndiaye âgée de 23 ans, sa photo est partagée dans plusieurs groupes sur Facebook. Ses accusatrices soutiennent qu’elle détenait plus de 20 groupe de tontines et qu’elle a supprimé tous ces comptes sur les réseaux sociaux.

Arnaques dans les e-Tontines: comment les femmes sénégalaises jettent des millions en ligne
La parole une organisatrice de tontine en ligne Interrogée sur la gestion de sa tontine en ligne qu’elle tient depuis 6 mois, Maimouna Hanne, jointe au téléphone rassure. « J’entends beaucoup de polémiques au sujet des tontines en ligne mais moi vraiment je n’ai jamais eu de problèmes avec celle que je gère », dit-elle. Son secret ? « La transparence dans le tirage de la gagnante ».
« Je fais un Direct ou une vidéo lors de chaque tirage » Maimouna raconte sa manière de procéder pour assurer toute transparence. « A chaque fois fin du mois, lors d’un tirage, je fais une vidéo ou parfois même je fais un direct comme ça tout le monde est rassuré ».

Sur ce point elle déclare n’avoir jamais eu de problèmes à part quelques personnes qui se sont désister. « Parfois, il y a des personnes qui au milieu de la tontine veulent arrêter et récupérer leur « natts » (cotisations). De ce fait je suis obligée de les rembourser pour ne pas créer de problèmes. Tenir des tontines en ligne n’est pas facile, parce qu’il y a trop de charges et trop d’imprévus aussi. Quand on n’a pas la tête dure ou qu’on est trop gourmande on risque de commettre des bêtises qui peuvent conduire en prison (Allah naama sii Allah mousseul !) », explique-t-elle.

Pour finir elle conseille aux femmes qui détiennent des tontines d’être intègres (gnou nek ay ngoor) « rien dans cette vie ne vaut l’estime et le respect », réplique-t-elle.

Malgré les quelques rares témoignages positifs sur ces tontines en ligne, les cas d’arnaque dominent largement. Par ailleurs, elles continuent à s’adonner à cette pratique. Le plus souvent sans aucune forme de garantie. De l’argent jeter en ligne.
pressafrik

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