Cheikh Adramé Diakhaté, écrivain et membre de l’association «Fonk sunuy làmmiñ», se demande pourquoi le Sénégal hésite-t-il à introduire les langues nationales dans le système scolaire. S’exprimant en marge du «Sargal» organisé à l’honneur du professeur Cheik Aliou Ndao par l’association «Fonk sunuy làmmiñ» à Douta Seck, Cheikh Adramé Diakhaté répète que le Sénégal ne pourra atteindre l’émergence sans passer par ses langues nationales.
Par Amadou MBODJI – Cheikh Adramé Diakhaté, écrivain et membre de l’association «Fonk sunuy làmmiñ», reste tranché sur la question : l’heure a sonné, selon lui, pour que les autorités introduisent les langues nationales dans les programmes scolaires. Il n’y a «qu’un manque de volonté» qui empêche de concrétiser ce programme. «Pour dire la vérité, je suis dans les langues nationales depuis 1972 et vraiment je considère qu’il y a un manque de volonté politique qui est tellement notable, que personne ne peut comprendre. On a peur de quoi ? On ne sait pas. Et on a fait des expérimentations, il y a une expérimentation assez claire de 2002 à 2008 qui a été appréciée, qui a été évaluée et dont on connait les résultats, et on a peur de quoi ? C’est la question qu’il faut se poser», s’interroge Cheikh Adramé Diakhaté, qui intervenait mercredi en marge du Sargal organisé à l’honneur du professeur Cheik Aliou Ndao par l’association «Fonk sunuy làmmiñ». Elle lui témoignait sa reconnaissance pour son investissement pour la valorisation et la promotion des langues nationales à travers ses livres. «Si on ne le fait pas, on ne se développe pas. Je ne dis pas autre chose. Citez-moi un pays qui s’est développé dans la langue de l’autre. Puisque nous sommes des Sénégalais, nous sommes des extraterrestres, nous voulons passer par là où personne n’est passé. On ne peut développer ce pays si on n’utilise pas nos langues, si on ne prépare pas nos jeunes avec nos langues, si on ne leur permet de créer dans nos langues.» Il ajoute : «Aujourd’hui, je pense que le manque d’éducation auquel nous sommes confrontés n’est pas lié au fait que les parents n’ont pas de temps, c’est qu’on ne parle plus aux jeunes dans les langues qu’ils connaissent. Et personnellement, j’ai un problème : c’est quand vous dites à un enfant «Amaal joom», mais il ne sait plus ce que ça veut dire «Joom». Quand on ne sait pas ce que recouvre un mot, on ne peut l’appliquer. Dites-lui ça en français, vous allez voir. Même l’émergence dont on parle, c’est dans nos langues nationales. Si on ne le fait pas, on va traîner les pieds et les gens vont nous dépasser.»
Pour lui, la valorisation de nos langues nationales ne va pas provoquer l’abandon du français. «Ce n’est pas possible. Historiquement, le français a un rôle et une place que personne ne peut lui discuter. Mais la France a été colonisée par les Romains, ils sont passés par leur langue pour se développer. Il faut bien que les gens aient du courage et qu’on aille dans le sens d’utiliser nos langues pour d’abord éduquer afin de pouvoir développer notre pays», insiste-t-il.
Mme Ndèye Name Diouf, directrice de l’Alphabétisation et des langues nationales au ministère de l’Education nationale, réaffirme la volonté de l’Etat de développer nos langues nationales en citant le Modèle harmonisé d’introduction des langues dans les établissements scolaires. «Nous avons proposé quelque chose aux Sénégalais qui est le Modèle harmonisé d’introduction des langues dans les établissements scolaires. On a démarré avec le préscolaire, l189 établissements. Il y a beaucoup d’initiatives qui ont été prises dans ce pays avec les organisations de la Société civile, c’est-à-dire l’introduction au niveau du préscolaire. Nous voulons passer à l’étape supérieure. On a démarré le test avec sept régions. Mais on va passer petit à petit sur toute l’étendue du territoire. Donc ça, c’est un exemple», soutient Mme Diouf. Avec 25 langues dont 22 codifiées, le Sénégal envisage de mettre en place des bibliothèques pour développer les dialectes nationales.
ambodji@lequotidien.sn












