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Cour suprême – Macky Sall à la Rentrée des cours et tribunaux : «Nous devons réformer la gouvernance du secteur de la santé»

Le thème de la Rentrée des cours et tribunaux, «Protection des usagers dans le système de santé publique», est un rappel des douloureux évènements qui ont affecté des patients des hôpitaux de Louga et de Tivaouane. Pour le Président, il est essentiel de réformer la gouvernance de la santé en dépit des investissements effectués dans l’amélioration des conditions avec la construction de nouvelles infrastructures.

Par Aliou DIALLO – Après les tragédies de Louga et de Tivaouane, le système de santé a été passé au scanner. Lors de la Rentrée solennelle des cours et tribunaux, le thème, «Protection des usagers dans le système de santé publique», montre l’urgence de se pencher sur ce secteur. «Des faits malheureux survenus récemment dans nos structures de santé, en constituent une douloureuse illustration. Au demeurant, la finalité de l’exercice qui nous réunit est de rappeler à notre conscience collective la nécessité et la responsabilité de sauvegarder en toute circonstance les droits et intérêts des usagers du système de santé publique et privée. Cette protection est d’autant plus exigeante qu’elle a valeur de norme constitutionnelle», avance le Président Sall.

Dans son discours, Macky Sall a annoncé le démarrage durant cette année des chantiers des hôpitaux de Saint-Louis, Ourossogui, Tivaouane et Mbour pour offrir plus de plateaux aux populations, après la réalisation des hôpitaux de Sédhiou, Kaffrine, Kédougou, Touba et Agnam. Le président de la République a aussi cité le projet de reconstruction de l’hôpital Principal de Dakar, de l’hôpital Aristide Le Dantec et la construction d’un centre d’oncologie à Diamniadio. Pour le Président Sall, ce débat n’est pas fait pour instruire un procès d’intention, mais il s’agit de susciter une réflexion sur un secteur vital. «C’est pour matérialiser ce principe que j’ai inscrit la santé comme composante de l’Axe II du Plan Sénégal émergent dédié au capital humain. Il s’agit, dans une approche de justice sociale et d’équité territoriale, d’élargir l’offre de services de santé par un effort de construction de nouvelles structures, de relèvement du plateau médical et de recrutement de personnels médicaux et para médicaux», ajoute-t-il.

Il mesure le coût de la santé dans les dépenses familiales qui justifie à ses yeux la carte d’égalité des chances, la gratuité de la césarienne et la Cmu. Il dit : «J’ai mis en place ces innovations majeures parce que j’ai pleinement conscience de ce que représentent les dépenses de santé dans nos familles. Chacun de nous, même ceux qui sont censés pouvoir joindre les deux bouts, peut le ressentir dans son propre environnement, a fortiori les moins nantis et les couches sociales les plus vulnérables. Bien sûr, la solidarité familiale est toujours présente, mais dans bien des cas elle ne suffit pas. Il faut alors faire jouer la solidarité nationale pour que le fait d’être démuni ne soit pas un obstacle insurmontable à l’accès aux soins de santé. Voilà tout le sens de ma vision en la matière. Il nous faut, par contre, mieux organiser notre système de santé pour le rendre plus performant, en relevant ses résultats à la hauteur de nos investissements.» Il enchaîne : «Comme je l’ai indiqué dans mon message à l’occasion du Nouvel An, en même temps que nous investissons dans les structures et les ressources humaines, nous devons réformer et améliorer la gouvernance du secteur de la santé, par sa digitalisation intégrale, y compris le système de Cou­verture maladie universelle, la mise en place de contrats de performance pour les hôpitaux et la révision de la Convention hospitalo-universitaire.»

«Accueil austère et désorganisé…»
Autant d’innovations qui devraient permettre plus d’humanisme dans l’accueil des malades et des usagers des établissements de santé au Sénégal. C’est l’appel lancé par le conseiller référendaire à la Cour suprême, El Hadji Birame Faye, pour qui «l’essence d’un bon système de santé, c’est l’humanisme». Dans le discours d’usage, le magistrat a dénoncé l’accueil. Il dit : «L’accueil austère et désorganisé des usagers des établissements publics de santé au Sénégal, où il est rare de trouver une personne empathique. Pour sa part, le médecin, dans l’exercice de son métier, doit s’abstenir de toute différenciation et limiter au nécessaire ses prescriptions et ses actes, même envers celui qui bénéficie d’une prise en charge confortable.» Et d’ajouter : «Il faut le dire, dans certaines proportions, c’est une forme de discrimination que de prescrire un traitement en tenant compte de la catégorie sociale. D’une manière générale, il faut gommer toute forme d’exclusion ou de stigmatisation dans la prise en charge médicale, notamment l’aversion tant décriée envers la parturiente célibataire ou de statut social modeste.»

Par ailleurs, le magistrat a mis le doigt sur l’attitude du personnel de santé qui fait dans la rétention de patients dans des structures sanitaires pour non-paiement des frais médicaux. Il a ainsi exhorté les établissements de santé à produire le meilleur service pour le meilleur coût tout en prônant une révision du système de santé sénégalais, dans le but, dit-il, de le rendre moins tributaire des contributions extérieures. Dans son speech, le magistrat a également plaidé pour des «mesures incitatives» en faveur des zones éloignées des grandes villes qui regorgent les meilleurs spécialistes en santé. Un avis partagé par le Premier président de la Cour suprême, Cheikh Tidiane Coulibaly. Selon lui, «l’Etat a l’obligation de garantir la qualité des soins dans toute la pyramide sanitaire, et sa défaillance peut engager sa responsabilité».

Le Premier ministre, Ama­dou Ba, le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Amadou Mame Diop, le président du Conseil économique, social et environnemental, Idrissa Seck, entre autres autorités, étaient à la cérémonie officielle de la Rentrée des cours et tribunaux 2022-2023.

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