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Explosions au port de Beyrouth : bras de fer entre le juge Bitar et le parquet libanais

(france24.com)- Le procureur général a été inculpé mardi par Tarek Bitar, le juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth en 2020, tout comme deux puissants responsables de la sécurité. Le parquet libanais a immédiatement rejeté toutes les décisions du juge, qui a repris l’enquête lundi après une suspension de plus d’un an.

Le juge chargé de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth en 2020 a inculpé mardi 24 janvier le procureur général après avoir pris la même décision la veille pour deux puissants responsables de la sécurité.

À la surprise générale, le juge Tarek Bitar avait décidé lundi de reprendre son enquête sur cette explosion qui avait fait plus de 200 morts et 6 500 blessés, après une suspension de plus d’un an, malgré les énormes pressions politiques auxquelles il est soumis.

Tarek Bitar a inculpé le procureur général près la cour de Cassation, Ghassan Oueidate, et sept autres personnes parmi lesquelles trois magistrats, notamment d’ »homicide », une première dans l’histoire du Liban, a indiqué un responsable judiciaire mardi à l’AFP.

Réagissant à cette inculpation, le parquet libanais a rejeté mardi toutes les décisions du juge chargé de l’enquête.

L’énorme explosion du 4 août 2020 avait été provoquée par le stockage sans précaution de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium dans un entrepôt au port.

Elle a été imputée par une grande partie de la population à la corruption et la négligence de la classe dirigeante, accusée également par les familles de victimes et des ONG de torpiller l’enquête pour éviter des inculpations.

Selon le responsable judiciaire, Ghassan Oueidate avait supervisé en 2019 une enquête des services de sécurité sur des fissures dans l’entrepôt où était stocké le nitrate d’ammonium sans mesures de sécurité.

Lundi déjà, les noms de deux hauts responsables de la sécurité que le juge Bitar a inculpés avaient filtré. Il s’agit du puissant directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, considéré comme proche du Hezbollah, et du chef de la Sûreté d’Etat, Tony Saliba, proche de l’ex-président Michel Aoun dont le mandat a expiré il y a trois mois.

Interrogatoires en février

Au total, treize personnes sont poursuivies, dont cinq responsables que Tarek Bitar avait déjà inculpés par le passé, notamment l’ancien Premier ministre Hassan Diab et d’anciens ministres.

Le juge Bitar a fixé les dates de leurs interrogatoires, entre le 6 et le 13 février, selon le responsable judiciaire. Hassan Diab, qui dirigeait le gouvernement lors de l’explosion du 4 août 2020, avait déjà refusé de comparaître.

Le magistrat a décidé de reprendre l’enquête après une tentative des autorités ces derniers mois de nommer un juge suppléant à leur solde pour le court-circuiter. Mais elle a tourné court.

Il a été empêché de mener à bien son travail par la quarantaine de poursuites lancées contre lui par des responsables politiques, dont ceux qu’il souhaitait interroger, et par une campagne dirigée par le Hezbollah, qui l’accuse de partialité.

« Enquête sur le port : Tarek Bitar est devenu fou », a titré mardi le quotidien Al-Akhbar, proche du puissant Hezbollah pro-iranien qui domine la vie politique au Liban. Le quotidien accuse le juge Bitar d’agir « sur la base d’ordres américains et avec un soutien judiciaire européen ».

Tarek Bitar avait rencontré la semaine dernière deux magistrats français, venus à Beyrouth dans le cadre de l’enquête ouverte en France, des Français figurant parmi les victimes de l’explosion.

Le porte-parole du Département d’État a assuré que les États-Unis « soutenaient les autorités libanaises et les exhortaient à mener une enquête rapide et transparente », selon un tweet mardi de l’ambassade américaine à Beyrouth.

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