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Foundiougne : le brassage culturel, l’une des meilleures symbioses du Sénégal

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Le département de Foundiougne, une terre peuplée de Sérères, Mandingues, Wolofs et Peulhs, est riche de sa diversité éthique et culturelle.

FOUNDIOUGNE- Au cœur du Niombato, dans l’arrière-pays du Saloum, ils sont Sérères, Wolofs, Mandingues et Peulhs. Ici, on est à la confluence de ce qui fait l’une des meilleures symbioses ethniques au Sénégal. Le brassage culturel est né de la cohabitation entre ces différentes ethnies. Toutefois, à Foundiougne, les Sérères sont majoritaires. Ils habitent dans les îles pour la plupart et dans certaines communes comme Passy, Djilor, Diagane Barka et Diosong. Les Sérères résidant dans les îles sont appelés « Niominkas ». Ils s’adonnent à la pêche, à l’agriculture et à l’élevage. Ils sont réputés être également de bons lutteurs avec des champions comme Boubou Diom de Mbam, Malamine Sarr de Soum, Yahya Diop Yékini de Bassoul. C’est aussi le fief de la cantatrice sérère Khady Diouf Yerwago.

De Djirnda à Moundé Diamniadio en passant par Niodior, Dionewar, Bassoul, Bassar, Wandié, Baout, etc., le « nguel » et la lutte sont populaires dans ces îles. Dans ces localités, la lutte est plus qu’un sport, c’est un art transmis de génération en génération. Elle draine du monde. Un art qui permet de tisser des liens entre communautés. Famara Thior est un ancien champion de lutte simple de Dionewar. Pour lui, l’identité même du Sérère est liée à la lutte. « La lutte est notre héritage. Elle nous permet de canaliser l’énergie des jeunes et de les responsabiliser. C’est plus qu’un art pour nous, c’est notre identité. La culture sérère est riche et celle que tout le monde reconnait et accepte aujourd’hui, c’est la lutte. Elle est devenue universelle et toutes les ethnies s’y sont mises. En plus, ce sport est un régulateur social, car elle permet de dissiper les tensions », souffle-t-il. Outre la lutte, le « nguel » fait vibrer les populations de tous bords. Un rythme bien connu dans ce terroir, notamment dans les communes de Foundiougne, Passy, Sokone et Diagane Barka.

Le biculturalisme, l’identité du Niombato
Dans cette partie du pays, le biculturalisme est typique. Les langues sont d’égale dignité. Dans la commune de Toubacouta, la population est quasi bilingue. Les langues les plus parlées sont le sérère et le mandingue. Un rayonnement culturel qui est le ciment de la diversité dans le Niombato. Le doyen Waly Ndao, un acteur culturel de Foundiougne, peint, ici, la richesse de la diversité culturelle du Niombato. « Le Niombato est peuplé en majorité de Sérères et de Mandingues. Ces deux peuples cohabitent ensemble depuis le 11ème siècle, lorsque les Mandingues ont quitté le Gabou. Ils ont trouvé les Sérères installés un peu partout dans les îles et dans presque toute la Gambie et à la frontière. Les Sérères ayant vu que les Mandingues avaient un accoutrement royal et par générosité, ils les ont accueillis. C’est de là qu’est né le brassage culturel si fort. Chacun a conservé sa langue tout en parlant celle de l’autre. Toutes les langues s’acceptent et s’expriment de façon égalitaire », explique le vieil homme. Selon lui, chaque langue véhicule une culture et le mélange des deux cultures fait le rayonnement culturel de cette partie du pays. « Il y a des artistes qui chantent dans les deux langues à Toubacouta surtout pendant les cérémonies. On y voit des Mané Sérères et des Diouf Mandingues. Il y a des Sérères qui utilisent le « diémbé » lors des cérémonies de même que les Mandingues qui tapent le tam-tam », ajoute-t-il.

Le « kagnaleng » ou rite de la fécondité mandingue
À l’image des Sérères, les Mandingues ont une riche culture. Installés dans les villages insulaires de Betenti, Bakadadji, Missirah, Bossinkang et Djinack, ils sont connus pour leurs pouvoirs mystiques. En plus du « kankourang », ils pratiquent le « kagnaleng » ou rite de la fécondité pour aider les femmes stériles à enfanter. Les « kagnaleng » sont des femmes en mal de fécondité ou confrontées à la mortalité infantile. Elles pratiquent des rites alliant vertus thérapeutiques et folkloriques pour conjurer le mauvais sort. Ces pouvoirs surnaturels permettent à ces femmes de concilier à la fois folklore et vertus thérapeutiques pour guérir toute jeune femme souffrant de stérilité. Une richesse culturelle jalousement gardée par les Mandingues.

Au-delà du brassage culturel entre Mandingues et Sérères, les Peulhs et les Wolofs y vivent en parfaite harmonie malgré la différence linguistique. Dans les communes de Keur Samba Guèye, Karang et Nioro Alassane Tall, peuplées majoritairement de Wolofs, les « sabar » et « ngoyanne » sont très prisés surtout pendant les cérémonies familiales. Des rites et rythmes très connus dans le Saloum qui occupent une place de choix dans cette partie du Niombato où la diversité culturelle est une réalité.

Marie Bernadette SЀNE : (Correspondante)

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