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Horizon – Djiby Sall, choriste du Dandé Lénol : «Le musicien doit jouer un rôle d’éducation et d’éveil de conscience»

Artiste, chanteur et danseur, c’est en servant de chauffeur au fidèle lieutenant de Baba Maal, Mansour Seck, qu’il a l’opportunité de faire découvrir son talent. Depuis, Djiby Sall assure les chœurs au sein de l’orchestre du Dandé Lénol de Baba Maal. Très engagé dans la musique, il estime avoir un rôle à jouer, celui d’éducateur de la jeunesse et de la société en général.

Propos recueillis par Amadou MBODJI Comment avez-vous intégré le Dandé Lénol de Baba Maal ?
En fait, je conduisais les musiciens de Baba Maal, plus particulièrement Mansour Seck. Je le conduisais à bord de ma voiture lors des tournées. Baba Maal ne savait pas que j’étais artiste. Un jour, nous sommes venus dans un village, j’ai pris la guitare et j’ai assuré la première partie du concert que Baba Maal devait faire. Et Baba Maal m’a demandé si j’étais chanteur, et je lui ai dit que je suis en même temps danseur. Il m’a invité pour que je vienne sur scène et assure le spectacle avec l’orchestre. J’ai été à la hauteur. Et Baba Maal n’en revenait pas. C’est comme ça que j’ai intégré le Dandé Lénol et que j’ai commencé à effectuer des tournées avec l’orchestre. Je n’étais pas un chauffeur de taxi encore moins un chauffeur de clando. Je connais Mansour Seck depuis longtemps et à chaque fois, il sollicitait mes services de chauffeur. Si je suis aujourd’hui au Dandé Lénol, je le dois à Mansour Seck. Tout ce que j’ai aujourd’hui dans la musique, c’est grâce à Baba Maal. Mon premier voyage c’était aux Etats-Unis. Il m’avait invité à effectuer ce voyage avec l’orchestre. La dernière tournée avec Baba Maal s’est tenue à Matam et à Ourossogui, avant de faire une prestation au Grand Théâtre pour son anniversaire. Mais je fais aussi des tournées dans le cadre de ma carrière solo.

Depuis combien de temps êtes-vous dans la musique ? 
J’ai fait plus de 20 ans dans la musique. En plus de chanter en pulaar, je chante aussi parfois en wolof. J’ai débuté ma carrière en évoluant avec Athia Wélé et je suis allé ensuite rejoindre Demba Dia Rock Mbalax avant de me retrouver dans l’orchestre de Baba Maal où je suis choriste. Je joue aussi de la guitare et j’ai fait une tournée acoustique qui m’a permis de jouer en même temps avec Baba Maal, Mansour Seck, Mama Gaye dans 32 pays. Et pour ce qui est de ma carrière solo, j’ai mon propre groupe que j’ai créé il y a sept ans et dont le nom est  Hodéré Diamanou (Etoile du temps). A mes débuts, je faisais de la danse. Lorsque j’évoluais dans le groupe de Athia Welé, je dansais mais, en même temps, j’assurais les premières parties. J’accompagnais mon grand frère artiste, Alseyni Bâ, qui vit actuellement en Allemagne, je le suivais lors de ses répétitions.

La musique nourrit-elle son homme ?
Si on est dans l’art, il faut investir le peu que l’on gagne au lieu de tout dépenser. Il faut garder dans un coin de son esprit que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Tout ce que je peux gagner, je pense à investir sur quelque chose. Il faut savoir ce qu’on veut et éviter de se construire une mauvaise image qui fait penser que l’artiste ne fait que boire ou fumer. C’est que ça te retarde, parce qu’il y a des artistes qui sont idolâtrés grâce à la belle image qu’ils affichent auprès du public, de leurs concitoyens, de leurs fans. Si on te voit afficher un comportement qui est loin de la bonne image qui devrait être la sienne, tu risques de perdre beaucoup de sympathie et d’estime de la part des autres. Ton image sera dégradée. Les gens ne cesseront jamais de te le reprocher, de te critiquer. Il faut avoir une hygiène de vie. Je suis artiste, je n’ai jamais fumé et je n’ai jamais bu de l’alcool.

Qu’est-ce que la musique vous a permis de réaliser dans la vie ?
Ce que j’ai gagné dans la musique, je ne saurais l’évaluer. Il y a des tournées qui ne rapportent pas des millions. C’est par exemple celles que nous effectuons pour le compte de ceux avec qui on est apparenté. Je me suis payé une sono et j’ai fait le tour du monde. Je suis allé en Australie, à la Nouvelle Zélande, au Canada, en Belgique, en France, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, au Gabon, au Cameroun et tant d’autres pays. L’art m’a permis de me payer une maison à Mbour.  Il y a des contrats qui nous permettent de gagner 800 mille par jour. La sonorisation t’appartient et la voiture qui transporte tes musiciens t’appartient. Donc si tu arrives à payer tes musiciens, tu peux te retrouver avec 500 mille francs dans les poches après avoir effectué une tournée dans les villages. On arrive à effectuer des tournées d’un mois ou plus d’un mois parce que ces tournées nous mènent d’un village à un autre. La fête de Tabaski m’a trouvé en pleine tournée. Après le Gamou, j’ai effectué une autre tournée entre la Mauritanie et le Sénégal. Une fois que je finis mes tournées, si celles-ci se font au Fouta, je reste pour profiter des moments avec la famille qui vit à Wodobéré qui est dans la région de Matam.

Combien d’albums à votre actif et qu’est-ce que vous pouvez nous dire de la collaboration avec le Dandé Lénol ?
J’ai à mon actif, cinq albums. Il y a Bayo, il y a Thioukolel, Abou Diallo, Balel, Déniyankobé. Beaucoup de gens me demandent pourquoi j’assure les chœurs ? Je leur réponds que Baba Maal est mon maître à penser, j’apprends beaucoup de lui. J’apprends beaucoup des tournées que je fais avec lui. Il m’a appris le comportement et la tenue à avoir sur scène. Par exemple sur scène, je m’affiche avec une belle tenue traditionnelle trois pièces. Les Européens viennent dans nos box pour nous demander de leur vendre nos pièces traditionnelles en nous disant qu’ils les trouvent très belles et très originales. Je n’ai jamais vendu ma tenue. Ça montre l’ingéniosité des couturiers sénégalais dont l’expertise est appréciée en Europe. C’est une belle opportunité qui s’offre à eux et il y a même des Européens qui font des commandes de ces boubous traditionnels au Sénégal pour les revendre chez eux.

La musique pulaar arrive-t-elle à être performante ?
La musique pulaar est prisée par les mélomanes sénégalais. C’est une musique qui a sa place parmi les mélomanes. Il y a de l’acoustique dans la musique pulaar et les Européens constituent ceux qui aiment le plus ce genre de musique. Je ne peux pas dire que le mbalax ne progresse pas parce que à chacun son style musical et ce qu’il souhaite consommer. Le mbalax est fun, c’est une musique qui va avec le temps, alors que l’acoustique est une musique douce, accompagnée par le Xalam, la guitare basse et qui se joue sans bruit. J’incite à ce que les musiciens fassent des recherches sur la musique pulaar et les autres langues. C’est une musique riche.

Quels sont vos projets en vue ? 
Je souhaite avoir mon propre studio d’enregistrement. J’ai eu à avoir le plus difficile qui est la sonorisation. Cela me permet de ne pas recourir à la location d’une sonorisation lors des tournées, je dispose d’un minicar pour transporter mes musiciens. Je dispose d’une voiture personnelle. Je ne peux que rendre grâce à Dieu. Il y a des artistes qui m’ont précédé dans la musique qui n’ont pas la chance que j’ai. Ce n’est pas mon mérite, c’est Dieu qui a décidé qu’il en soit ainsi pour moi.

Qu’est-ce qui particularise vos chansons ?  
L’amour que les fans vouent à ma musique tient au fait que je réalise des textes instructifs, je chante pour prodiguer des valeurs aux jeunes en les incitant à respecter leurs parents, leurs aînés. Les grandes personnes disent que mes chansons servent à la communauté et qu’on peut les faire écouter à n’importe qui. Je ne chante pas l’amour, mais je chante pour inciter les co-épouses à s’aimer et ne pas s’entredéchirer, ne pas se vouer de la haine. J’inculque des valeurs, j’aide les parents dans l’éducation de leurs enfants. J’invite au respect des recommandations d’Allah en respectant les cinq prières. Le musicien doit jouer son rôle d’éducation et d’éveil de conscience. Le musicien doit apporter sa pierre à l’édification d’une société où les jeunes sauront le comportement à tenir. C’est la position que je défends.

ambodji@lequotidien.sn

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