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Le cas Khalifa – Lequotidien

A l’occasion de l’installation du mouvement de cadres de Taxawu Senegaal, le 5 décembre dernier, l’ancien maire de Dakar s’est exprimé. Toujours le même ton monocorde, la mine souriante, le débit régulier et le verbe facile. La voix traînante n’altère en rien la fermeté du propos. C’est le marqueur Khalifa Sall, homme politique redoutable, capable de vaincre n’importe quel adversaire sans avoir l’air d’y toucher, sans vacarme mais avec une rage politique certaine. A ceux qui doutent, il rappelle ceci : «Je suis un clandestin. J’aime travailler dans l’underground.» Sous ses dehors placides, c’est un redoutable renard des surfaces politiques. Je me souviens de sa victoire sur l’ancienne cheffe du gouvernement aux Locales de 2014. Elle régnait par les mots, paradait et s’enhardissait d’une victoire certaine avant de se liquéfier le soir du scrutin face à la machine implacable de Khalifa Sall. Une victoire nette et sans bavure dans le silence. Un meurtre politique de sang-froid, qui a entamé la descente dans les abîmes politiques de la dame de fer qui, depuis, ne cesse d’être recyclée, avant de se perdre définitivement dans une dissidence qu’elle rêvait fracassante mais qui logiquement reste confidentielle. Le bourreau de Mme Touré n’est ni Macky Sall, ni Amadou Mame Diop, ni Mansour Faye, c’est bien Khalifa Sall, qui a sonné le glas de ses ambitions. Au sport on aurait dit une athlète surcotée, qui finira dans les notes de bas de page de l’histoire politique du Sénégal.
Revenons à Khalifa Sall. J’ai toujours fait preuve de transparence au sujet de nos relations personnelles, empreintes d’une grande affection et d’une estime réciproque. C’est une belle personne, un homme bien, un démocrate et un républicain. C’est au regard de tout ceci que je n’ai non plus jamais fait mystère de ma désapprobation sur son alliance avec une bande de populistes excités et dangereux. Rien ne devrait lier Taxawu Senegaal à ces gens aux méthodes d’un autre âge. Les propos tenus par l’ancien maire de Dakar lors de la réunion avec ses cadres, par leur consistance et leur mesure, montrent l’étendue de la distance qui devrait séparer son mouvement des fascistes du parti Pastef. L’un est dans le cadre républicain, l’autre n’a que faire de la République. Il est dans la promotion du chaos et de la guerre civile. Khalifa Sall, en l’espace d’un quart d’heure de discours, a montré qu’aucun leader du parti Pastef n’a le minimum requis pour être ne serait-ce qu’un simple militant de Taxawu Senegaal. Les trajectoires, les formations, les méthodes sont différentes. Quand M. Sall dit : «Il n’y a plus de débats dans ce pays. La politique, ce n’est pas de crier, ni d’insulter. La politique, c’est du militantisme, c’est un débat contradictoire permanent», M. Sonko et ses sbires devraient être à l’étroit dans leurs souliers, eux qui ont érigé l’insulte, la menace, le mensonge, l’outrance, comme méthode. Eux qui ont normalisé des pratiques de voyous dans l’espace public.
Je pense que Taxawu Senegaal vaut mieux qu’un statut de fan zone du parti Pastef et de son leader empêtré dans une affaire judiciaire et dans une multitude d’autres atteintes aux principes républicains. Le mouvement de Khalifa Sall devrait sortir du bourbier Yewwi askan wi, officine d’aigris, de revanchards, d’anti-républicains, de séditieux, de députés voyous, d’insulteurs publics dont la locomotive est un parti fasciste, pour enfin construire un discours sérieux, asseoir un positionnement tranché, aller à la rencontre de nos concitoyens pour faire campagne au profit de son leader en vue de la Présidentielle. Taxawu Senegaal a un allié encombrant qui se bat sans foi ni loi au profit exclusif de l’ambition d’un homme, sans renier ni mensonge, ni manipulation, ni violence verbale et physique. La politique n’est pas une arène de gladiateurs, mais un espace de construction d’une utopie active au service de la transformation sociale et de l’intérêt général. De nombreux Sénégalais qui ne sont pas satisfaits du pouvoir de Benno bokk yaakaar, de plus en plus se rendent compte de l’irresponsabilité de l’opposition incarnée par Pastef. Il faut que Khalifa Sall offre à ses centaines de milliers d’électeurs un horizon et une alternative dans la foulée de sa réhabilitation prochaine. Le pays de Senghor mérite mieux qu’une bande d’aventuriers sans scrupules comme unique alternative au régime en place. Khalifa Sall a rappelé son Adn socialiste. Il a invité la gauche à un chemin commun. Il a réitéré son ancrage dans les conclusions des Assises nationales. Ce sont de belles choses qu’il faut transformer par la théorie et la pratique sur le terrain afin d’offrir un recours et distancer Pastef qui, il faut le reconnaître, tient actuellement la corde dans l’opposition. Le Sénégal mérite une opposition de qualité, qui élève le niveau et fait preuve de responsabilité tout en restant ferme dans sa contestation du pouvoir. Le pouvoir au Sénégal ne doit être qu’entre les mains de républicains.

Par Hamidou ANNE
hamidou.anne@lequotidien.sn

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