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Momar Sèye, directeur des Parcs forestier et zoologique de Hann : «La communauté doit donner son appréciation par rapport à la façon dont nous gérons les parcs»

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Pourquoi un parc dépend-il de la Direction des eaux et forêts au lieu de la Direction des parcs nationaux ?
Parce qu’il s’agit d’un zoo et non d’un parc national. La Direction des parcs nationaux a été, à un moment donné de l’histoire, une division de la Direction des eaux et forêts. Par la volonté des autorités, cette division est érigée en direction. Maintenant, il se trouve que le site est constitué, pour sa plus grande partie, d’un parc forestier à l’image, par exemple, de la Réserve botanique de Noflaye où on a le Village des tortues ou bien la Forêt classée de Mbao. Le Parc forestier de Hann a le même statut que la Forêt classée de Mbao. L’arrêté 10-42 du 29 juillet 1942 érige ce site en forêt classée. Donc, il s’agit d’une forêt dans laquelle on a un zoo, et non d’un parc national comme Niokolo Koba ou le Djoudj. Je pense que cet argument à lui seul justifie sa gestion par la Direction des eaux et forêts.

Peut-on avoir des chiffres sur les espèces animales et végétales disponibles dans les deux parcs ?
Nous avons environ 19 espèces animales, pour une centaine de sujets. Quant aux espèces végétales, on en compte plus d’une centaine. Je rappelle, à ce niveau, que nous disposons d’un jardin ethnobotanique où sont conservées les espèces rares ou menacées d’extinction.

Des activités sont-elles pratiquées dans le parc ?
Il y a des opérateurs qui proposent des activités de loisirs et de restauration pour offrir quelques services aux visiteurs, sous la supervision des éléments des Eaux et forêts du parc. A ce niveau, notre travail est de nous assurer que ces activités sont compatibles avec les fonctions du parc, la réglementation prévue.

Des visiteurs rencontrés déplorent les conditions de détention de certains animaux comme le lion, quelle est votre réponse là-dessus ?
Notre réponse sur la question a un fondement technique. Maintenant, il peut être discuté selon les points de vue des uns et des autres. Mais, effectivement, il y a certains défenseurs de l’environnement, notamment ceux qui s’occupent de la détention des animaux, qui aimeraient, bien évidemment, que l’animal soit dans un endroit qui présente plus ou moins les mêmes conditions que celles de la nature. Mais tout dépend de l’objectif visé. Il faut rappeler que parmi les objectifs du parc, il y a l’éducation par la mise à disposition d’un complexe naturel qui facilite la formation et la recherche pour les universitaires par le biais de la flore et de la faune. Dans la nature, il y a ce qu’on appelle la distance de fuite. Autrement dit, la distance à partir de laquelle l’animal fuit ou charge. Pour permettre aux étudiants et chercheurs d’être plus proches de l’animal, pour pouvoir faire leurs travaux et investigations nécessaires, on a besoin d’entités telles que les zoos, où les animaux sont mis dans des cages pour permettre de réduire la distance de fuite. Ce qui fait que les zoos ont leur utilité.

Je crois que ce qui est important, c’est que les animaux soient mis dans des conditions plus ou moins différentes de celles que présente, par exemple, un parc national, où ils sont en liberté totale. Nous faisons des efforts pour les mettre dans de bonnes conditions, qu’ils soient épanouis et en bonne santé.
Quelles sont les mesures prises pour assurer la sécurité des visiteurs ?
Les mesures de sécurité sont, d’abord, au niveau du parc forestier, la mise en place de postes de garde au niveau des points d’entrée. A ce niveau, nous avons des éléments présents sur les lieux 24h/24 pour contrôler toutes les entrées et sorties, qui sont au nombre de trois (sud, est et nord). Tout le reste est clôturé. Il n’y a donc aucune autre possibilité d’entrer dans le parc que ces trois portes, sinon d’escalader le mur. Au niveau du parc zoologique, nous avons concentré le maximum d’agents, avec une brigade établie sur une superficie d’environ quatre hectares. 6 agents présents sur les lieux 24h/24 pour assurer la sécurité des visiteurs et aussi veiller à la sécurité des animaux. Pour le moment, on n’a pas enregistré d’accidents graves ou liés à des agressions.

Est-ce que les entrées sont filtrées ?
L’accès est libre pour le parc forestier. C’est seulement au niveau du zoo qu’elles sont réglementées. Les agents sont présents 24h/24 pour contrôler les entrées et sorties.

Comment le zoo est-il approvisionné en animaux ?
Nous avons trois stratégies ou volets pour approvisionner le parc zoologique en animaux. Le premier volet consiste à faire un repeuplement à partir des naissances qui se font in situ. En d’autres termes, certaines espèces peuvent se reproduire en condition de captivité. Avec celles-là, nous n’avons pas beaucoup de problèmes. Pour d’autres espèces, il peut arriver qu’un chasseur soit arrêté dans le cadre de la lutte contre le braconnage et que l’animal qu’il saisit soit mis à la disposition du Parc zoologique de Hann. On a également la possibilité, avec l’aval des autorités compétentes, de procéder à des captures.

Le troisième volet de la stratégie d’approvisionnement du parc zoologique concerne les échanges dans le cadre prévu par la réglementation, notamment les lois et règlements du Sénégal et les conventions qui ont été signées et ratifiées par l’Etat.

Quelles sont les espèces, dans ce zoo, qui ne se reproduisent pas ?
Nous avions, par exemple, un tigre, qui est une espèce non originaire du Sénégal, et qu’on ne peut donc avoir que dans le cadre de la collaboration internationale, soit sous forme d’échange, soit par achat. Nous avons aussi le lama, qui ne s’est pas encore reproduit. Il y a les grandes antilopes comme les Elands du Cap qui n’ont pas encore mis bas. Et puisque ce sont des êtres vivants, ils sont, par essence, caractérisés par le fait qu’ils naissent, grandissent, vieillissent et meurent. Donc forcément, ces espèces sont appelées à mourir tôt ou tard. Malheureusement, quand un animal meurt dans le zoo, les gens ne comprennent pas souvent que nous-mêmes perdons, chaque jour, des membres de notre famille. C’est tout à fait normal qu’un animal meurt, tout comme l’être humain.

Nous avons aussi des chimpanzés qui ne se sont jamais reproduits. Ces espèces, il va falloir les remplacer par les trois stratégies citées si on veut garder le niveau de diversité du zoo.

Le parc fait-il face à des problèmes ou menaces ?
Le premier problème auquel nous faisons face aujourd’hui est d’ordre naturel, et il concerne les inondations. Je le rappelle souvent, si on tient compte de l’évolution démographique de la région de Dakar, subséquemment l’évolution de l’urbanisation, on peut dire que le Parc de Hann peut être considéré comme un maillon central dans la lutte contre les inondations. Dans le département de Dakar en général, et dans la commune de Hann Bel-Air en particulier. L’essentiel des eaux de ruissellement piégées dans les quartiers environnants sont directement acheminées vers le Parc de Hann, où elles stagnent un moment avant d’être redirigées vers l’océan. Sans le Parc de Hann, Hann Bel-Air serait encore sous les eaux. Pour soulager les populations, cette énorme quantité d’eau a été pompée et conduite vers le parc, qui dispose d’un réseau de drainage des eaux de ruissellement et d’un chenal principal qui nous permettent d’acheminer toutes ces eaux qui sont collectées et qui transitent par un plan d’eau, qu’on appelle de façon abusive le lac du Parc de Hann. C’est à partir de là que ces eaux prennent un canal qui passe sous les installations du Ter, sous la Route nationale, pour finir dans l’Océan atlantique. C’est ce qui permet de soulager les quartiers environnants.

Malheureusement, ce dispositif est aujourd’hui surexploité compte tenu des modifications notées du point de vue de l’habitat dans les quartiers qui jouxtent le parc. De sorte qu’en 2022, nous avons connu des inondations exceptionnelles qui ont causé beaucoup de dégâts que nous sommes en train de réparer. L’Etat n’a jamais assez de moyens pour faire face à tous les problèmes. Nous travaillons sur la base des ressources mises à notre disposition. Cette année, l’Etat a, quand-même, fait un effort conséquent pour nous permettre de régler, en partie, la question des inondations. Il a mis dans le budget de 2023, des ressources qui permettront de démarrer les travaux qui, à mon avis, participeront à atténuer les conséquences que pourraient engendrer les phénomènes qu’on a connus pendant l’hivernage. Et le nouveau ministre de l’Environnement, du développement durable et de la transition écologique nous a assuré toute sa disponibilité pour accompagner la Direction des eaux et forêts, pour que le Parc de Hann notamment soit à l’image des parcs qu’on peut voir dans les grandes capitales des autres pays.

Concrètement, quels sont les impacts de ces inondations dans le parc ?
Ces inondations ont un impact très néfaste sur les arbres. Les espèces qui ne résistent pas ou qui ne supportent pas une inondation sur une longue période, finiront par disparaitre. On va assister à une forte mortalité des arbres, donc une réduction de la superficie boisée, de la densité et de la diversité floristique. Seules les espèces capables de résister face aux inondations vont rester. Ce qui pose le problème de la conservation de la biodiversité dans le Parc forestier de Hann. La diminution de la densité et de la superficie boisée va impacter la capacité de stockage de carbone. Ce qui va réduire notre capacité de participation à la réduction des gaz à effet de serre, et par extension, au changement climatique.

L’autre aspect, c’est que les infrastructures et équipements utilisés par les usagers qui servent à abriter les animaux, sont détériorés par l’humidité.
Il y a une faune qui est libre dans le parc. Un espace boisé constitue toujours un habitat pour la faune, notamment les reptiles, les oiseaux. A ce niveau-là, il faut rappeler que le Parc de Hann est l’un des plus importants dortoirs du département de Dakar pour l’avifaune. Ça veut dire qu’il y a un risque de perdre cette diversité faunique.

Nous considérons que les parcs de Hann sont un patrimoine commun dont la gestion nous a été confiée. Notre philosophie, c’est d’être à l’écoute de celles et ceux pour qui nous gérons ce bien. La communauté doit donner son appréciation par rapport à la façon dont nous gérons les parcs. Cela nous permet d’apporter les éclairages nécessaires en prenant en compte les critiques, contributions et suggestions, afin de nous ajuster par rapport à la demande. Parce que la finalité est de faire en sorte que les parcs forestier et zoologique soient utiles à la communauté.
Propos recueillis par Alpha SYLLA

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