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Réflexion – Lutte contre les violences faites aux femmes : Pari sur l’éducation et la formation

Pour faire cesser les violences faites aux femmes, les acteurs de cette lutte optent pour la recherche scientifique afin de combattre le phénomène. Pour eux, le faible taux d’alphabétisation des femmes les maintient aussi dans ce système de domination masculine.

Par Justin GOMIS – Le colloque international, initié par l’Agence italienne pour la coopération au développement (Aics) et l’Institut italien de culture à Dakar, portant sur les 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes, a pris fin hier. Cette rencontre deux jours, organisée sous le thème «Repenser ensemble», a réuni les scientifiques et les activistes, notamment les professionnels de la Société civile, les psychologues, les associations et activistes, écrivains, cinéastes, philosophes, experts des questions de genre et des droits humains, professeurs d’université, sociologues, entrepreneurs du Sénégal et de l’étranger.

L’objectif visé, à travers cette rencontre «scientifique», est «d’animer des débats entre savoir et savoir-faire», et d’entendre ces acteurs sur les sujets qui préoccupent les agences de coopération comme l’inclusion et l’exclusion de certains groupes sociaux, le changement social à travers les arts, les droits humains et la justice sociale, le «féminisme dans son abord politique». «Même si la coopération au développement reste très active sur les questions sociales au Sénégal, il nous est apparu urgent de les repenser à l’aune de la recherche scientifique internationale. En effet, dans la perspective d’une adaptation de programme proposé par ces institutions dans le pays, il semble nécessaire de questionner ceux que l’on entend peu ou plus, les chercheurs», explique Marco Falcone, directeur du siège de Dakar de l’Aics.

Et il y a de quoi investir dans la recherche scientifique. Khaira Thiam, psychologue clinicienne, féministe, doctorante à l’Université de Lyon 2/Ucad, décrit une situation catastrophique : «une femme sur trois meurt des coups de son mari selon les chiffres de l’Onu, 55 % des femmes sénégalaises subissent des violences sexistes et sexuelles de la part des hommes, selon toujours les chiffres de l’Onu», révèle Mme Thiam. Selon elle, le «Sénégal est un pays relativement violent, et ce n’est pas une nouvelle que cette violence s’étale sur la place publique comme c’est le cas de Awa Ndiaye Gniby». Pour elle, il faut expliquer les modalités des causes de ces violences et les contextualiser dans le cadre du Sénégal. Pour la psychologue clinicienne, il y a dans le monde, énormément d’hommes qui parlent à la place de la femme. «Je veux bien que les femmes n’aient pas un bagage intellectuel, mais on ne reproche jamais aux hommes de ne pas avoir un bagage intellectuel. On reproche beaucoup aux femmes qui ont un bagage intellectuel d’en avoir un, et on le leur fait payer en plus», enchaîne la doctorante. «Au Sénégal où 57% de la population sont des analphabètes dont 65% de femmes, on s’interroge sur qui on a envie de garder encore sous domination masculine. L’une des meilleures manières, c’est de les empêcher l’accès à l’éducation, à l’information», explique Mme Thiam.

Pour Khaira Thiam, il faut «travailler pour la communauté afin d’infléchir un certain nombre de vérités qui circulent ou des systèmes dogmatiques» et de «dénoncer certaines fausses informations qui sont divulguées par les hommes sur la place publique». Cela contribuera à mettre un terme à certaines fausses idéologies infondées qui permettent à certains d’avoir une pression sur la vie des autres. «Notre devoir en tant que scientifiques, c’est de pouvoir défaire ces discours problématiques, avec des données chiffrées, des recherches claires, avec des méthodologies précises qu’on peut rediscuter en tant que chercheurs, mais qui nous permettent de contredire ce qui peut se dire», propose la psychologue.

Stratégie nationale
Toutefois, Awa Nguer Fall, coordonnatrice du Projet d’appui à la stratégie nationale et contre l’inégalité de genre, se réjouit des efforts consentis par le gouvernement pour lutter contre les violences faites aux femmes. «Pour la première fois au Sénégal, l’Etat lance un numéro vert gratuit accessible aux femmes et aux violentées. Au cours de ces seize jours, toutes nos actions ont été structurées. Par cette campagne de communication, en plus de la criminalisation, le viol a été vite criminalisé en 2020, que nous continuons de vulgariser, et que nous avons déjà traduit en 14 langues nationales», détaille Mme Fall.

Elle s’est aussi réjouie de la tenue de cette campagne des 16 jours après la conférence de l’Union africaine sur la masculinité positive, portée par les chefs d’Etat dont les présidents Macky Sall et Paul Kagamé. Ils prônent l’engagement des hommes pour la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. «Le Président a fait une communication sur les violences faites aux femmes, lors du Conseil des ministres passé, et a donné des instructions au Premier ministre de prendre toutes dispositions requises pour la mise en œuvre de toutes les mesures qui ont été prises depuis 2012 pour la lutte contre les violences et pour l’autonomisation des femmes», rappelle Mme Fall.
justin@lequotidien.sn

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