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Sécurité alimentaire : La faim des discours – Lequotidien

Le Conseil national de sécurité alimentaire (Cnsa) prédit une dégradation de la situation alimentaire des ménages. «Le nombre de personnes en phase de crise s’élèverait à 1 million 330 mille 335, par ailleurs 86 mille 900 seraient en urgence» dans la période juin-juillet-août 2023, selon le Secrétariat exécutif du Cnsa.

Par Dialigué FAYE – Au Sénégal, la campagne agricole 2022-2023 a été caractérisée par une pluviométrie abondante. Malgré tout, la production agricole n’a pas été abondante à travers plusieurs départements du pays.

A preuve, le Conseil national de sécurité alimentaire prédit une situation alimentaire inquiétante. Selon le Cnsa, «la situation alimentaire des ménages pourrait encore se dégrader». Et d’après les résultats de son analyse du cadre harmonisé, pour la période juin-juillet-août 2023, «le nombre de départements en phase sous pression pourrait passer à 34, et 6 départements supplémentaires pourraient être en crise. On devrait avoir 10 départements en crise durant la période de soudure de juin à août 2023. Le nombre de personnes en phase de crise s’élèverait à 1 million 330 mille 335 personnes, par ailleurs 86 mille 900 personnes seraient en urgence. La population en phase sous pression pourrait augmenter et atteindre 5 millions 907 mille 179 personnes, soit 32% de la population».
Et renseignent les collaborateurs de Jean-Pierre Senghor, Secrétaire exécutif du Cnsa, «la probable diminution des stocks et la baisse attendue de la disponibilité, la hausse saisonnière des prix des produits agricoles et du disponible fourrager seraient les principales causes de la dégradation de la situation alimentaire des ménages».

Au sujet de la disponibilité, le Cnsa relève que les prévisions sur la production agricole de cette campagne mettent en évidence une hausse de 5% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les céréales sont en hausse dans la plupart des départements du pays.

Baisse des spéculations de rente
Cependant, il est noté une baisse de 11% des spéculations de rente. Par exemple l’arachide a connu un recul de 11% et le niébé, une baisse de 36%. Cette spéculation, indique le Cnsa, a été durement affectée par les attaques de la chenille amsacta moleyni.

Par ailleurs, souligne-t-il, «le bilan fourrager, bien qu’excédentaire dans la plupart des zones pastorales, est déficitaire dans 17 départements, parmi lesquels tous les départements des régions de Diourbel, Fatick, Thiès, Kaolack, et les départements de Kaffrine, Birkelane, Louga, Kébémer et Rufisque».
La production halieutique n’a pas été épargnée par cette contreperformance où une légère baisse de 7% a été notée par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les régions de Dakar et Thiès enregistrent les plus fortes baisses, avec respectivement de 10% et 26%.

Sur l’accessibilité, le Cnsa informe que «dans l’ensemble des départements analysés, les prix des céréales et des légumineuses sont en hausse respectivement de 56% et 59% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le mil et le maïs ont connu des augmentations conséquentes avec 95% et 84% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les ménages considèrent cette hausse des prix comme la principale difficulté économique d’accès au marché (88,7%).

L’accès physique a été analysé à travers la distance par rapport au marché d’approvisionnement le plus proche. Les ménages qui ont des difficultés à accéder aux marchés parcourent une distance supérieure ou égale à 6 km, ils résident dans les départements de Salémata (71,3%), Goudiry (57,7%), Malem Hoddar (55,6%), Koungheul (51,5%)».

Analysant l’accès à l’eau, le Cnsa mentionne que «la région de Kolda possède les taux d’accès à l’eau potable les plus faibles avec 33% de ménages qui ont accès à une source d’eau améliorée».

Pour la période octobre-novembre-décembre 2022, appelée période courante, c’est cette même situation alimentaire dégradée qui a prévalu. A ce propos, mentionne le Cnsa : «Un département, notamment celui de Ziguinchor, a été en phase minimale, 40 en phase sous pression et 4 départements en phase de crise.

«En termes de populations, sur 18  millions 275  mille 717 personnes analysées, 12 millions 428 mille 620 personnes sont en phase minimale, 4 millions 970 mille 959 personnes sont en phase sous pression et 846 mille 467 personnes sont en crise ; 29 mille 671 personnes sont en urgence. Dans 28 départements, la consommation alimentaire est sous pression, l’évolution des moyens d’existence est sous pression ou en crise, sauf à Dakar, Guédiawaye, et Pikine où l’Eme est en phase minimale. Au moins 53,1% des ménages ont au moins adopté des stratégies de stress à pire. L’état nutritionnel est en crise ou urgence dans 22 départements sous pression. Cette situation est préoccupante, surtout en situation courante.»

En guise de recommandations, le Conseil national de sécurité alimentaire suggère au gouvernement de «conduire une enquête afin de pouvoir cibler et assister les ménages qui sont en situation d’insécurité alimentaire, de protéger les moyens d’existence des ménages à travers le développement de programmes de résilience, de planifier de façon participative, avec les bénéficiaires, les activités de renforcement des moyens d’existence».

A l’endroit des partenaires, Jean-Pierre Senghor et son équipe plaident pour un «accompagnement du gouvernement dans la conduite de l’enquête qui va permettre de cibler et assister les ménages qui sont en situation d’insécurité alimentaire, d’assister les ménages pauvres et très pauvres des zones où il y a des populations en crise afin d’apporter des appuis différenciés et ciblés, mais aussi accompagner le gouvernement dans la réalisation d’une enquête de vérification dès le mois de janvier 2023, afin d’alimenter la prochaine session d’analyse du Ch».
dialigue@lequotidien.sn

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