ActualitésDiaspora

Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière : Les acteurs accordent leurs violons

Les rideaux sont tombés, hier à Dakar, sur l’atelier de partage de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (Snlmi) et de son plan d’actions avec les acteurs et organisations de la Société civile. Les parties prenantes sont reparties satisfaites de l’approche inclusive et de la démarche du Cilec avec la formulation de nouvelles recommandations à intégrer pour enrichir le document avant sa validation politique.

Par pape Moussa DIALLO – Après 2 jours de partage et d’échanges, l’atelier de partage de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (Snlmi) et de son plan d’actions avec les acteurs et organisations de la Société civile a pris fin hier. A la fin des travaux, les acteurs affichent l’espoir qu’avec ce nouvel outil de gouvernance de la migration irrégulière, leurs préoccupations seront prises en compte et qu’un début de solution est déjà en marche pour atténuer les effets désastreux du phénomène. Président de l’Association des migrants de retour de Fatick, Amath Ndour lance : «Je repars avec un sentiment de satisfaction à l’issue de ces deux jours de travaux.» Et ce dernier fonde son espoir sur le Cilec. «On a beaucoup d’espoir sur le Cilec parce qu’on a beaucoup souffert avant l’installation de ce comité», a-t-il fait savoir. Selon lui, «c’est une solution que vient de se doter le Sénégal» pour lutter contre le phénomène de l’émigration irrégulière qui «dérange» l’Occi­dent et «gangrène» l’Afri­que, le Sénégal en particulier.

Revenant sur les recommandations, le sieur Ndour explique : «On a eu à formuler des recommandations dans les travaux de groupes qu’on a effectués et qui tendent à enrichir davantage le document avant son adoption politique.» A cet effet, le Cilec, par le biais de son secrétaire permanent tout comme le consultant, a affiché la volonté d’intégrer les nouvelles préoccupations des acteurs qui ont jailli dans les discussions afin de mettre à jour le document.
Satisfait des travaux qui ont été abattus à l’issue des deux jours d’atelier, Modou Ndiaye, conseiller des Affaires étrangères en service à la Direction des affaires juridiques et consulaires du Ministère des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Maese), a expliqué que l’important a été que les différents acteurs impliqués dans le processus «s’approprient la Stratégie nationale» afin que cela soit effectivement «une Stratégie nationale». S’inscrivant dans le même registre, Pr Aïdara Ndiaye Adjaratou Wakha, directrice de l’Ong parteners West Africa Sénégal, estime qu’à son tour, elle repart avec un sentiment de «satisfaction». Puisque, explique-t-elle, «le Cilec a eu l’amabilité et la vision d’amener sur la table, tous les acteurs aussi bien institutionnels, étatiques que de la Société civile, à partager et réviser ensemble le document de Stratégie nationale». Et notre interlocuteur de renchérir : «c’est un document inclusif et participatif» qui pourra atteindre les objectifs escomptés de l’Etat du Sénégal. Pour sa part, le secrétaire permanent du Cilec, en l’occurrence le Com­missaire divisionnaire de classe exceptionnelle Mamadou Bocar Ly, n’a pas manqué à son tour de se féliciter du déroulement des travaux et de l’engagement de tous les acteurs impliqués. «Les participants ont beaucoup contribué avec des inputs», s’est félicité Commis­saire Ly.

Après la validation technique du document, le 13 octobre dernier par le comité scientifique, le patron du Cilec rappelle qu’après le partage et les inputs des acteurs, «c’est un document consensuel qui ouvre la voie à la validation politique par le gouvernement». Cette validation est attendue très prochainement au regard de l’importance, l’attente et des espoirs qui nourrissent la stratégie aux yeux des acteurs. Pour sa mise en œuvre effective et l’application de son plan d’actions, le Secrétaire permanent du Cilec appelle tous les acteurs, de quelque bord qu’ils soient, de se réunir autour du Cilec pour freiner l’émigration irrégulière. A cet effet, il lance : «Nous appelons tous les partenaires et acteurs à soutenir la stratégie dans sa mise en œuvre.» Plusieurs activités de sensibilisation, de financement, de formation, entre autres, sont prévues dans son plan d’actions et cela va nécessiter sans nul doute beaucoup de ressources en termes de finances. Aucun apport ne sera donc de trop pour une concrétisation de cette stratégie. On pourra dire enfin que le Sénégal se dote d’une Stratégie nationale de lutte contre l’émigration irrégulière.

Changer la dénomination du Cilec
Créé par décret n°2020-2393 du 30 décembre 2020 et rattaché au cabinet du ministre de l’Intérieur, le Comité interministériel de lutte contre l’émigration clandestine (Cilec) a une dénomination qui pose «problème», notamment avec l’utilisation, à la fin, du terme «clandestine», qui est une vision importée de l’Europe sur la manière de qualifier les migrants irréguliers. Le terme «clandestine» n’est plus admis au regard des instruments des Nations unies et du vocabulaire en lien avec la migration. C’est un terme péjoratif qui ne sied pas et ne «respecte» pas la dignité humaine ; celle du migrant qui, qu’il soit régulier ou irrégulier, est une personne qui a des droits. A cet effet, et au titre des recommandations au sortir de ces deux jours d’atelier, la professeure Aïdara Ndiaye Adjaratou Wakha, directrice de l’Ong parteners West Africa Sénégal, a laissé entendre que la première recommandation à entreprendre est d’abord et avant toute chose, «le décret de changement de la dénomination du Cilec qui ne sied plus» avec les normes internationales en la matière. Avec cette ouverture d’esprit du Cilec, cette dernière estime qu’un comité interministériel pourrait évoluer vers «un Cadre national pour la prévention et la lutte contre la migration irrégulière». En plus de cette forte recommandation, la patronne de Parteners West Africa exhorte le Cilec à prendre en compte la diaspora dans le plan d’actions, comme cela a été recommandé dans les travaux de groupes, mais également d’intégrer l’approche genre dans un contexte de féminisation du phénomène.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page