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Protection sociale des artistes : L’Ams engage le combat

La loi portant Statut de l’artiste, qui a été adoptée le 14 janvier 2021 et promulguée par le président de la République le 15 mars 2021, donne aux artistes les mêmes droits qu’aux autres travailleurs. L’Association des métiers de la musique (Ams) a organisé ce mercredi, un atelier pour aider les artistes à mieux comprendre les principes du Code du travail et de la sécurité sociale applicables aux métiers du spectacle.

Par Amadou MBODJI – Avec l’adoption de la loi portant Statut de l’artiste, le 14 janvier 2021, et sa promulgation par le président de la République, le 15 mars 2021, les artistes sont désormais considérés comme des travailleurs. Cela suppose un certain nombre de normes à respecter pour les employeurs. Et c’est pour aider les artistes à mieux comprendre les principes du Code du travail et de la sécurité sociale applicables aux métiers du spectacle, que l’Association des métiers de la musique (Ams) a organisé ce mercredi, un atelier au profit de ses membres au Centre culturel Blaise Senghor. «C’est quoi être travailleur ? En sachant que quand on est travailleur, on bénéficie d’une caisse de sécurité sociale, on bénéficie de prestations familiales, on bénéficie de congés, de congés de maternité pour les artistes femmes. En tout cas, aujourd’hui, la loi nous donne le droit de bénéficier d’une retraite et d’une pension de retraite», indique le président de l’Ams, Daniel Gomes. «Nous avons le devoir d’être immatriculés, de nous organiser, d’être affiliés à une organisation professionnelle, le devoir de payer nos impôts», souligne M. Gomes, qui annonce que l’association a discuté avec certains musiciens sénégalais qui souscrivent à ces nouvelles règles.

Formation des formateurs
La promulgation de la loi sur le Statut de l’artiste a poussé l’Ams à initier une session de sensibilisation de tous les acteurs sur les droits que le statut de l’artiste leur confère. Ainsi, 12 formateurs ont été outillés dans le cadre la présentation du programme national d’initiation des artistes sur les principes du Code du travail et de la sécurité sociale applicables aux métiers du spectacle. M. Gomes souligne que ces formateurs se chargeront dans un premier temps sur une phase-pilote, de développer la  restitution à une centaine d’acteurs à Dakar et à Saint-Louis, qui sont des zones névralgiques du spectacle. Les sessions de formation vont démarrer dès janvier 2023 au niveau 14 régions du Sénégal. Le président de l’Ams invite ainsi les organisations professionnelles à s’impliquer pour la mise en œuvre du processus tendant à arriver à une protection sociale des artistes. «Nous sommes venus lancer un appel à toutes les organisations professionnelles, parce que la loi dit que ce sont les organisations professionnelles qui doivent, de connivence avec les institutions de prévoyance, faire en sorte que nous puissions aller vers la mise en place d’un système qui sera acté par décret du président de la République. Ce n’est pas le président de la République qui va nous dire comment nous allons mettre en place un système.  C’est à nous de réfléchir sur comment faire un système pour que nous puissions collecter les cotisations et les reverser. A ce moment, si le système est viable, le président de la République pourra acter par décret», fait remarquer M. Gomes qui indique que l’Ams ne pourra établir tout un programme sans «avoir une pensée pour ceux qui ont précédé» dans l’art.

Reconnaissance des métiers de la culture
Venu représenter Aliou Sow, ministre de la Culture et du patrimoine historique, Habib Léon Ndiaye, Secrétaire général du ministère, indique qu’il ne reste qu’à arriver à donner une protection sociale aux artistes. «Aujourd’hui que le principe d’une reconnaissance formelle des métiers de la culture est consacré par notre dispositif législatif et réglementaire, il ne nous reste plus qu’à travailler ensemble pour en faire une réalité, un chantier sur lequel le département, en relation avec les acteurs du secteur, s’attèle depuis un moment», dit-il. «L’urgence de faire aboutir ces chantiers se fait de plus en plus pressante au moment où des institutions comme le Bit et la Banque mondiale considèrent la couverture sociale comme un droit de l’Homme et luttent pour son extension à toute la population mondiale», poursuit M. Ndiaye non sans attirer l’attention sur la précarité dans le milieu artistique. «Les artistes, principaux acteurs du développement du patrimoine culturel, exerçant à plein temps, à temps partiel ou occasionnel en tant qu’entreprise, agence ou diffuseur, restent, le plus souvent, livrés à eux-mêmes, et sont incapables de subvenir à leurs besoins en cas d’accident de travail, de maladie, de vieillesse ou de décès, ce qui les expose davantage à la précarité et à la vulnérabilité», souligne-t-il.  Faisant remarquer que le projet de décret relatif à la protection sociale des artistes a nécessité la réalisation préalable d’une étude d’actuariat, menée par un cabinet d’expertise, le représentant du ministre de la Culture d’informer que le rapport provisoire vient d’être livré. «Ce document scientifique devra servir d’argumentaire et de plaidoyer, après concertation avec les organisations professionnelles d’ayants droit, les ministères concernés et les institutions de prévoyance sociale pour une application effective de la protection sociale des artistes», admet-il.

20% de la population active enrôlés
Pour Ibrahima Seck, directeur des Prestations familiales et sociales à la Caisse de sécurité sociale (Css), «la particularité de la sécurité sociale au Sénégal, c’est qu’elle ne compte que 20% de la population active et donc 80% sont en rade parce qu’étant dans l’économie informelle. Aujourd’hui, l’Ams fait partie de ce groupe de 80% qu’il faut mettre sous le parapluie de la sécurité sociale. Nous les avons donné les capacités pour qu’ils aient connaissance des droits qui sont attachés à leurs métiers, les droits pour eux en matière d’accident de travail, en matière de vieillesse, de maladie mais les droits pour les enfants», soutient-il. «En matière de sécurité sociale, de protection sociale, ce qui est le plus important, c’est la volonté politique. Cette volonté politique existe au Sénégal parce que les conventions internationales de sécurité sociale ont été ratifiées depuis 1962», avance M. Seck qui indique que cette volonté politique «s’est beaucoup réaffirmée en 2012».
ambodji@lequotidien.sn

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